La Fondation Raoul Follereau se bat pour un monde sans exclusions, un monde sans lèpres. Michel RéciponEntretien avec Michel Récipon,
Président du Directoire







Où en sommes-nous avec la lèpre ? M. Récipon – 14 millions de lépreux ont été guéris depuis 25 ans, mais la lèpre n’en est pas pour autant éliminée ! En 2008, 249 000 nouvelles victimes ont été dépistées. Et ce chiffre ne dit rien du malheur qui accable les malades, vivant le plus souvent dans des régions où sévissent également la pauvreté, l’ignorance et parfois l’insécurité. Comme le répétait inlassablement notre fondateur, le combat ne sera terminé que lorsque nous aurons fait reculer simultanément ces autres fléaux – ces autres lèpres – alliés de la lèpre, qui sont de redoutables facteurs d’exclusion.

Pour remporter la bataille contre la maladie, il nous faut persister en continuant à dépister, à soigner et à réinsérer les malades tout en ouvrant d’autres fronts, contre la misère, contre l’analphabétisme, contre l’exclusion sous toutes ses formes. L’enjeu est de taille, mais ce n’est qu’à ce prix que nous éliminerons cette maladie qui inflige à ses victimes une double peine, souffrance physique et exclusion sociale.

Quelles sont vos armes pour lutter contre la lèpre ? M. Récipon – Parce que la lèpre n’est plus considérée comme un problème de santé publique dans les pays de notre zone, nous devons absolument rester vigilants et garder la maladie sous contrôle. Avec chaque pays, nous adaptons les stratégies de lutte pour maintenir des services efficaces à travers notre soutien assidu aux programmes nationaux lèpre. Nous appuyons également le renforcement des structures sanitaires répondant à une vocation de service public et contribuant à améliorer les soins aux lépreux et aux populations les plus démunies.

Comment luttez-vous contre ce que vous appelez les autres lèpres ? M. Récipon – Avec nos partenaires, religieux pour beaucoup, nous menons une lutte commune contre la misère et pour la dignité de la personne. Notre action est vécue dans un esprit de charité – l’arme suprême pour Raoul Follereau ! – Ses principaux leviers sont l’accès à l’hygiène, l’alphabétisation, le développement d’activités rémunérées et, pour prendre le mal à la racine, l’éducation des plus jeunes.

L’éveil des consciences était au cœur des préoccupations de notre fondateur. Comme lui, nous pensons que l’éducation est un des grands défis de notre temps. Un certain nombre de nos projets visent à éduquer des enfants très pauvres, à leur apprendre à lire, écrire, compter et aussi raisonner, pour les préparer à devenir les hommes de demain. Ainsi nous poursuivons notre mission, « contre la lèpre et contre toutes les lèpres », dans le monde entier.