
Une bataille pas comme les autres
 Dans le droit fil de la pensée et de la volonté de Raoul Follereau, la lutte contre la lèpre vise un double objectif : s’attaquer aux causes de la maladie ; ramener les lépreux dans la communauté des hommes. Trois questions à Michel Récipon pour faire le point sur cette singulière bataille et sur la mission de la Fondation aujourd’hui.
Vous avez contribué à guérir 14 millions de lépreux, en avez-vous terminé avec la lèpre ?
Michel Récipon : Non ! Remporter un succès notamment grâce à la générosité des bénévoles et des donateurs Follereau n’est pas remporter la victoire. Les efforts constants déployés par les membres de la Fédération des associations luttant contre la lèpre dans le monde dont nous sommes membre fondateur ont en effet permis de faire reculer la lèpre et de soigner quelque 14 millions de lépreux. Mais nous ne pouvons pas en rester là. Le nombre élevé des nouveaux cas annuels parmi eux le trop grand nombre de malades déjà porteurs d’invalidités et les zones qui échappent à tout contrôle, à cause de l’insécurité, de l’éloignement... nous incitent à une extrême vigilance. Notre mission ne sera terminée que lorsque tous les lépreux auront été mis sous traitement et que la contagion sera maîtrisée.
Où commence et où finit votre action ?
MR : Elle s’inscrit obligatoirement dans le long terme. Car pour éliminer la lèpre, nous devons nous attaquer aussi bien à ses effets qu’à ses causes. La lèpre est une maladie terriblement invalidante et porteuse d’exclusion. Elle est favorisée par l’ignorance et la pauvreté et persiste parmi des populations particulièrement déshéritées. Pour nous, la guérison est complète quand elle est, aussi, sociale. En plus de soigner, nous réhabilitons physiquement et nous réinsérons socialement les malades handicapés. Nous les aidons à reprendre leur place parmi nous tous, et comme Ahmedou, dont vous lirez le témoignage à entraîner les autres à leur suite et à prendre part au développement de leur pays !
Que représente votre engagement au service des lépreux ?
MR : Nous devons tout faire pour que la lèpre ne fasse pas partie des maladies oubliées. La 54e Journée Mondiale des Lépreux, créée par Raoul Follereau, est l’occasion de rappeler que la lèpre existe encore, qu’elle se soigne et recule devant la générosité. Nous avons beaucoup progressé, mais nous voulons continuer notre mission pour garantir les succès remportés et maintenir nos acquis. C’est pour cela que j’en appelle à une plus grande mobilisation. J’espère que cette Journée Mondiale déclenchera de nouvelles générosités et décidera de nombreux donateurs à rejoindre notre combat au service des rejetés et des oubliés de la communauté des hommes, dont le lépreux reste la figure emblématique. Pour lui, les 27 et 28 janvier, nous solliciterons «un geste d’amour», comme nous l’avons appris de notre fondateur pour secourir tous ceux et celles qui comme les lépreux vivent dans le dénuement et la misère.
 |