Lèpre : il y a loin de l'élimination à l'éradication
Entretien avec le Professeur Bernard Carbonnelle, président de la Commission Médicale et Scientifique de la Fondation Raoul Follereau.
À partir de combien de cas peut-on prétendre avoir éliminé la lèpre dans un pays ?
Un pays atteint le seuil d’élimination de la lèpre en tant que problème de santé publique quand la prévalence – c’est-à-dire le nombre de malades lépreux au sein de la population – passe en dessous de 1 malade pour 10 000 habitants. Cela ne veut pas dire que la maladie est pour autant éliminée, puisque cela représente encore 1 200 malades dans un pays de 12 millions d’habitants.

Néanmoins, le nombre croissant de pays passant sous le seuil d'élimination et les 14 millions de malades guéris attestent que la lèpre a reculé d'une façon significative ces 25 dernières années.
La maladie est donc éradiquée ?
Pas du tout ! Si le travail réalisé sur le terrain a porté des fruits, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour passer de l’élimination à ce qui devrait être l’éradication, soit zéro malade pour toute la population d’un pays.

En effet, les statistiques sont basées sur des moyennes, qui ne prennent pas en compte les zones d’accès difficile, isolées par le manque d’infrastructures sanitaires ou par un conflit, où les malades ne sont pas comptabilisés.

Dans ces zones, la prévalence de l’endémie lépreuse est beaucoup plus élevée et dépasse largement 1 malade pour 10 000 habitants.

Autre problème : celui des populations nomades, comme les Pygmées, présents dans un pays aujourd’hui, dans un autre demain... Ces populations sont très difficiles à cerner. Tout comme celles qui sont transplantées et placées sous contrôle militaire, et que les équipes soignantes ne peuvent atteindre sans braver de réels dangers.
Vos recommandations ?
La situation requiert vigilance et mobilisation. C’est pour cela que la Fondation Raoul Follereau s’est rapprochée des principaux acteurs du terrain pour mettre au point une stratégie adaptée aux conditions actuelles et à la situation de chacun des pays où elle intervient. Ceci, afin d’assurer aux lépreux un diagnostic et un traitement précoces, ainsi que l’ensemble des soins qui leur sont nécessaires.