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Temoignage : a la rencontre des enfants des patronages

Au mois d’avril dernier, Jean-Théophane CREPIN, rédacteur à la Fondation Raoul Follereau, est allé à la rencontre des enfants d’un patronage pour un reportage. Récit de cette découverte.

J’ai découvert le « patro » comme on découvre un nouveau monde insoupçonné, émerveillé, les yeux grands ouverts, le cœur parfois serré et l’intelligence en éveil. J’en suis revenu ravi et courbatu.

Lorsque je suis arrivé à Bourg-en-Bresse par un mardi pluvieux, ma seule référence pour l’éducation des jeunes, enfants et adolescents, était le scoutisme. Après y avoir passé les plus belles années de ma jeunesse, j’étais et suis encore convaincu des bienfaits de la méthode, tout en en reconnaissant les limites. Pour moi, le patronage n’était qu’une version paroissiale, voire édulcorée de cette méthode scoute, puisque située en ville, dans un espace clos, loin de l’autonomie des patrouilles.

Des rencontres 

Et puis j’ai rencontré le frère Brian, des Oblats de Saint-Vincent-de-Paul. Il est directeur du patronage « Le Peloux » à Bourg-en-Bresse. Dès l’abord, le ton était donné : le programme était chargé, entre l’atelier de réparation pour la tondeuse du patro et le transport des enfants de l’école au patronage pour le soutien scolaire. Premier contact, premières histoires. Tel enfant habite la barre d’immeuble de la ville, famille monoparentale, très peu de ressources ; tel autre est venu au patro pour le soutien scolaire, il est dyslexique… Après avoir fait travailler ses tables de multiplications à un garçon à l’aide d’un jeu de cartes, je commence à rentrer dans l’ambiance du patronage.

Mais c’est le mercredi que j’ai pu mieux rentrer dans la spécificité de la pédagogie du patronage : l’éducation du jeune par le jeu et par la vie spirituelle. Pour ce faire, il faut toujours « faire avec » : jouer avec les jeunes, et non seulement les faire jouer ; prier avec eux et non les faire prier. Pendant cette journée, j’ai donc donné de ma personne au ping-pong, au rugby, au foot. Et puis je suis allé à la chapelle avec eux, je me suis agenouillé avec eux ; car la meilleure manière d’éduquer, c’est par l’exemple.

La charité en action

Un autre aspect du patronage m’a enthousiasmé, c’est le fait que sa charité ne s’arrête pas aux frontières du patronage : elle s’étend aux familles, elle les rejoint là où elles se trouvent, les soutient, les met en relation et développe entre elles l’entraide. Ainsi ce mercredi matin, le frère Brian a rencontré une mère seule en grande difficulté financière, dont le garçon jouait dehors. Avec l’aide du père d’un autre garçon du patro, conseiller en gestion de patrimoine, ils ont ensemble revu le budget de la famille et constaté des anomalies dans le relevé bancaire. Le soir-même, le frère rendait visite à une autre famille, dont le père est un négociateur consommé, afin de lui demander d’accompagner cette femme chez son banquier.

J'ai vu la France et son avenir

Finalement, ce que j’ai vu au patronage, c’est à la fois l’indigence de la France et son plus grand espoir. J’y ai vu son indigence, car la majorité des garçons qui sont là, à jouer au ping-pong ou au rugby ce mercredi, sont venus pour le soutien scolaire proposé par le patronage. L’indigence de la France, incapable de transmettre sa richesse culturelle à des enfants qui, pour certains, éprouvent de grandes difficultés à lire, s’incarne là. Une autre indigence, moins palpable au premier abord, est l’incapacité de notre pays à permettre une vie décente à chacun de ses habitants. J’ai rencontré au patronage des personnes qui se battent chaque jour pour pouvoir manger à leur faim et offrir à leurs enfants une vie meilleure. Le tout avec une dignité, une pudeur admirable.

J’y ai vu aussi son plus grand espoir, car j’ai rencontré des jeunes pétillants de vie, parfois cabossés par elle, avec peu de confiance en eux, mais un appétit de vivre formidable. Et non seulement eux, mais aussi leur famille : le patronage ne s’arrête pas aux frontières physiques du patronage, ni à une question d’âge ou de statut. Le frère Brian, directeur du patronage, est aussi attentif au bien des familles, prenant le temps d’écouter chacun, de mettre en relation les familles afin qu’elles puissent s’entraider… 

Cette visite au patronage « Le Peloux » fut pour moi la découverte d’un monde nouveau, où tout reste à construire, et d’une pédagogie efficace et parfaitement adaptée aux besoins de ces jeunes. Elle fut surtout l’occasion de belles rencontres avec des adultes passionnés et des jeunes enthousiastes ; des personnes attachantes qu’on a de la peine à quitter après 36h avec eux.


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