Deux fois par an, la dermatologue du Centre de traitement de la lèpre et l’ulcère de Buruli (CDTLUB) de Pobè parcourt les villages du Plateau, au sud-est du Bénin, pour offrir des consultations spécialisées aux populations isolées.
Du 3 novembre au 20 décembre dernier, chaque lundi, mercredi et vendredi matin, un véhicule flanqué d’un logo de la Fondation Raoul Follereau a quitté le CDTLUB de Pobè, avec à son bord, le Dr Akimath Habib, dermatologue, accompagnée d’un infirmier. Dans le coffre du véhicule : des gants, des écouvillons et de quoi faire les prélèvements. Leur destination : une vingtaine de villages du département du Plateau, où la lèpre est endémique.
Ces tournées trouvent leur origine dans le constat fait par les soignants et le directeur du CDTLUB, Oswald Attolou, de l’arrivée au centre de malades présentant des mutilations et une bacilloscopie élevée. « S’ils arrivent à un stade aussi avancé de la lèpre » explique le Dr Akimath Habib, « c’est que le bacille de la lèpre circule encore dans la communauté, nous ne pouvons nous reposer sur nos lauriers, il faut aller dans les villages pour comprendre et stopper la transmission. » Dès lors, à partir de 2024, ces tournées semestrielles se sont ajoutées aux tournées hebdomadaires de dépistage de l’ulcère de Buruli, endémique dans la région.
Rendre accessible une expertise rare
En novembre dernier, une vingtaine de centres de santé est ciblée à l’est du Plateau : « nous avons choisi des villages où nous n’avions pas l’habitude d’aller, à la frontière avec le Nigeria ». Les zones frontalières sont en effet propices aux flux de population, brassant les personnes malades et rendant ardu le suivi des patients.
Le pays compte une vingtaine de dermatologues, le Dr Habib est la seule dans le département du Plateau. « La population ne sait pas qu’il y a des spécialistes de la peau, les infirmiers et médecins locaux ne savent pas toujours où nous trouver, donc nous allons vers eux et nous leur disons « c’est l’hôpital qui vient vers vous » ». Les infirmiers locaux prévenus, des crieurs publics annoncent la venue de la dermatologue dans les villages, au courant de la la semaine précédente, et invitent les personnes ayant des problèmes de peau à se présenter au poste de santé, pour une consultation gratuite.
Sur le terrain, des résultats concrets et immédiats
En moyenne, chaque jour de tournée, une cinquantaine de personnes venues des villages alentour se présentent face à la dermatologue. Les journées sont longues mais les soignants ne comptent pas leur temps : « on ne se fixe pas d’heure, ce n’est pas toujours évident de trouver de quoi manger dans les villages, mais tant qu’il y a des patients, on est là ». En tout, 848 personnes (de 1 à 70 ans) atteintes de dermatoses ont été reçues en consultation lors de la dernière tournée.
Les dermatoses dépistées étaient variées mais principalement infectieuses (596 en tout) comme la gale, très courante et contagieuse, ou la lèpre. Fait marquant ce mois-là : les soignants ont dépisté deux cas de lèpre vivant dans un même village, un homme et une jeune femme, tous deux très marqués au visage. « Dans les cas où plusieurs malades sont dépistés dans un même village, il faut faire un dépistage plus large dans le village » indique Oswald Attolou, « quand les lésions sont importantes, il peut y avoir des contaminations et il faut donc y retourner pour distribuer un traitement préventif aux cas contacts. »

Image d’illustration – ici, des habitants du Borgou se rendent à un dépistage organisé dans un centre de santé par des infirmiers de Parakou. ©Marie-Capucine Gaitte
Un visage parmi tant d’autres
L’histoire de la jeune femme, âgée de 25 ans et mère de deux enfants, a plus particulièrement touché le Dr Habib : « cette jeune femme vivait comme si de rien n’était, elle voyait bien qu’elle avait une maladie de peau mais elle n’imaginait pas qu’elle pouvait la transmettre à ses enfants. J’étais contente néanmoins parce qu’elle ne présentait pas d’atteintes neurologiques, simplement des taches hypo-pigmentées. » La dermatologue a prescrit une première tablette d’antibiotiques à la jeune femme et confié les plaquettes suivantes à l’aide-soignant du centre de santé qui lui transmettra.
Depuis le lancement des tournées dans les centres de santé du Plateau, la dermatologue observe une arrivée croissante de patients au CDTLUB de Pobè, que lui réfèrent désormais les soignants rencontrés.
« Sensibiliser les personnes, malades comme soignants, voir qu’on est utile auprès de ceux qui manquent de moyens pour se rendre dans un hôpital, c’est important pour moi » témoigne enfin le Dr Akimath Habib.