Quand les médias africains s’engagent pour faire reculer la lèpre. À Cotonou, le REMAPSEN a rassemblé des journalistes africains pour faire des maladies tropicales négligées un enjeu de santé publique. Interview d’Alice Toussaint, représentante de la Fondation Raoul Follereau au Bénin.
Q : Le Forum REMAPSEN vient de se tenir à Cotonou. Pouvez-vous nous expliquer l’objectif de cette rencontre ?
Alice : Le REMAPSEN, Réseau de Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement, rassemble des journalistes engagés sur les enjeux de santé publique à travers le continent africain.
Le Forum organisé à Cotonou avait pour ambition d’affirmer le rôle des médias africains comme acteurs à part entière de la santé publique. Il visait également à maintenir les maladies tropicales négligées au cœur de l’agenda public et politique du continent. Ces pathologies, qui affectent principalement les populations les plus vulnérables, demeurent encore trop souvent absentes de l’espace médiatique.
Ce rassemblement des journalistes à Cotonou traduit un choix fort et assumé : celui d’exercer leur métier comme un véritable levier d’action en santé publique, capable d’influencer les comportements, d’interpeller les décideurs et d’orienter les politiques. Il s’en dégage une conviction profonde : une information rigoureuse et engagée peut contribuer à transformer durablement la société.
Q : Pourquoi une visite au centre de Pobé ?
Alice : À l’initiative des organisateurs du REMAPSEN, les journalistes ont prolongé les échanges de Cotonou par une immersion au Centre de Dépistage et de Traitement de la Lèpre et de l’Ulcère de Buruli de Pobè, afin de confronter les débats aux réalités du terrain.
Accompagnés par le directeur du centre, Oswald Attolou, ainsi que de son équipe, les journalistes ont pu appréhender concrètement la chaîne de prise en charge. Du dépistage au suivi thérapeutique, de la prévention à la gestion des handicaps, en passant par l’accompagnement psychosocial et les actions communautaires, ils ont découvert l’ampleur et la complexité du travail accompli. Ils ont également pris la mesure des obstacles au diagnostic précoce : la peur, la stigmatisation, la marginalisation.
Q : Quel rôle joue la Fondation Raoul Follereau dans ce dispositif ?
Alice : Le centre de Pobé travaille en étroite collaboration avec le Programme national de lutte contre la lèpre et les maladies tropicales négligées. Administrée par la Fondation Raoul Follereau, la structure bénéficie d’un accompagnement global : organisation et continuité des soins, financement, formation des équipes médicales et paramédicales, soutien aux actions communautaires et appui à la réinsertion sociale des patients.
Le centre assure le dépistage, la prise en charge médicale des cas de lèpre et d’ulcère de Buruli, le suivi des traitements, ainsi que la prévention et la prise en charge des handicaps liés aux diagnostics tardifs. Lorsque la situation l’exige, des interventions chirurgicales correctrices sont réalisées afin de limiter les séquelles et restaurer l’autonomie des patients.
Cette approche globale – médicale, chirurgicale, sociale et communautaire – est essentielle pour lutter efficacement contre la maladie et contre l’exclusion qu’elle peut entraîner. En effet, au-delà du soin, les maladies tropicales négligées demeurent un puissant facteur de marginalisation.
La Fondation était également partenaire du Forum. La présence du Dr Christian Johnson, directeur médical de la Fondation, a apporté un éclairage à la fois médical et stratégique aux échanges avec les journalistes. Il a notamment rappelé un point fondamental : la manière dont une société parle d’une maladie influence directement la manière dont elle la perçoit et la combat
Q : Concrètement, en quoi la mobilisation des médias peut-elle faire évoluer la situation ?
Alice : À ce stade, plus de 250 retombées médiatiques ont été recensées dans plusieurs pays africains, en presse écrite, à la radio et dans des formats audiovisuels. Mais au-delà des chiffres, l’enjeu est plus profond.
La lèpre est une maladie curable. Pourtant, trop de personnes consultent encore tardivement, freinées par la peur du rejet et de la stigmatisation. Lorsque les médias rappellent que le traitement existe, qu’il est accessible et qu’un diagnostic précoce permet d’éviter les séquelles, ils contribuent à briser un mécanisme d’exclusion.
En effet, la lutte contre les MTNC n’est pas seulement médicale mais également sociale. Elle interroge notre capacité collective à protéger les plus vulnérables.
Q : Après cette rencontre, qu’est-ce qui vous semble le plus déterminant pour la suite ?
Alice : Ce qui me semble essentiel c’est la synergie entre les acteurs. Lorsque les autorités sanitaires, les partenaires techniques et les communautés coordonnent leurs efforts, les indicateurs s’améliorent et la maladie recule. Et une information rigoureuse peut soutenir efficacement cette amélioration.
du public.
