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Au Bénin, plus de 41 500 enfants vivent avec un handicap moteur ou mental, dont la moitié n’a jamais fréquenté l’école. Ce fait est le résultat de l’ignorance des parents et de la grande pauvreté du pays. A Ouidah, une école mobile va au-devant des enfants porteurs de handicap.

 

 

Prince trace lentement des chiffres à la craie sur une ardoise usée. Assis dans son fauteuil roulant, il suit un cours de mathématiques sous un abri de fortune en feuilles de palmier tressées dans la cours d’un hameau. Caroline, l’enseignante, lui parle d’une voix douce. Silencieux, le garçon esquisse un sourire. Il vient de réussir sa soustraction. « Il aime beaucoup les maths », souligne Caroline. La jeune femme est éducatrice spécialisée. Depuis trois ans, elle travaille pour une école hors du commun à Ouidah, une ville côtière du sud du Bénin : une classe mobile. A l’aide d’un tricycle à moteur, l’école se déplace dans les familles pour donner des cours aux enfants porteurs d’un handicap mental ou moteur. « Nous allons de maison en maison avec notre tricycle chargé des tables, de chaises, d’ardoises et de cahiers. » L’école mobile scolarise les enfants sourds, qui ont des cours le lundi et le mardi, et les enfants avec un handicap moteur ou mental, le mardi et le vendredi. L’école dispense des cours d’orthophonie, d’alphabétisation, d’écriture, de mathématiques, etc. L’objectif est de rendre l’enfant le plus autonome possible afin qu’il puisse un jour pouvoir gagner sa vie. Pour cela, l’école mobile aide également les adolescents porteurs d’un handicap à suivre des formations professionnelles pour devenir coiffeur, mécanicien… Cette école a pu voir le jour grâce au soutien de la Fondation Raoul Follereau.

 

 

Des enfants laissés pour compte

 

Au Bénin, on estime à 41 500 le nombre d’enfants porteurs d’un handicap dont la moitié ne serait pas scolarisée. « Ce sont des enfants qui ont de grands retards scolaires », souligne Jovincia Gbadie, directrice de l’école mobile, « ils sont considérés comme des fardeaux pour la famille. Par ailleurs, il n’existe pas de structure adaptée au Bénin. » Selon la jeune femme, les enseignants ne sont pas formés pour donner des cours à des enfants ayant un handicap. Une situation qui révolte Jovincia : « Tu peux être le meilleur à l’école ou à l’université, cela ne change rien si tu es handicapé. Aucune entreprise ne te recrutera. On ne tient jamais compte d’eux. »

« Ce sont des enfants cachés, dont les parents ont honte », déplore Caroline, « si nous ne faisons rien, personne ne prend soin d’eux. » L’histoire de Prince reflète bien ce phénomène de rejet. « Il est tombé malade à l’âge de 7 ans. Avant, il vivait normalement et allait à l’école. Petit à petit, son état s’est dégradé jusqu’au point de ne plus pouvoir tenir debout. Apparemment, c’est une maladie des os mais les parents sont trop pauvres pour le soigner », raconte Jovincia, « il a été laissé de côté dans une pièce de la maison et plus personne ne faisait attention à lui. Sa tante a été choquée par la manière dont ses parents le traité. Elle l’a recueilli chez elle. »

Le tricycle sillonne Ouidah, soulevant la poussière ocre des rues ensablée de Ouidah. Le mardi matin est consacré aux enfants ayant une infirmité motrice cérébrale. L’école mobile se rend chez Matthieu, un adolescent de 13 ans né avec des déficiences mentales et motrices. Depuis que le garçon suit des cours avec Carline, ses progrès ont été fulgurants. A présent, il sait lire des mots et surtout parvient à se faire comprendre par son entourage grâce aux cours d’orthophonie. Avant cela, le garçon n’est jamais allé à l’école. « Sa diction est assez difficile mais il sait lire à présent et arrive à se faire comprendre. Je lui donne des cours en chantant. Il retient mieux les leçons de cette manière. » La jeune femme a su trouver des techniques d’apprentissage adaptées au handicap de Matthieu. « Il a retient ses leçons quand je les mets en chanson ! »

 

Faire changer les mentalités

 

Les parents de Matthieu n’ont pas détecté le handicap de leur enfant immédiatement. « C’est une très longue histoire », affirme sa mère, « quand j’ai vu qu’il ne grandissait pas du tout comme sa sœur jumelle, je me suis dit qu’il y avait un problème. Nous sommes allés de centre de santé en centre de santé sans vraiment réussir à trouver de l’aide. » La maman de Matthieu est même restée une année complète à ses côtés dans un centre de Calavi pour espérer la guérison. Ils ont ensuite été orientés vers le centre de traitement anti lèpre de Ouidah pour le programme de réinsertion à base communautaire dans lequel s’insère l’école mobile. « Je suis très fière et très contente des progrès de mon fils. »

Issu d’un milieu très modeste, Matthieu vit dans une petite maison très rustique à Ouidah et son fauteuil roulant n’est pas adapté. Sa mère et sa sœur prennent soin de lui avec beaucoup de tendresse. « Ce n’est pas le cas de tous les parents ! », précise Jovincia, « beaucoup d’enfants handicapés sont laissés à l’abandon dans une pièce. Pour Matthieu, ce n’est pas le cas. Il est très stimulé par sa maman. » Souvent confrontée à l’ignorance des parents, Jovincia met un point d’honneur à ne pas les juger mais tente de les accompagner : « On essaie de comprendre les parents. C’est aussi pour cette raison que nous allons dans les maisons. Les parents assistent aux cours. Nous souhaitons les faire participer au maximum. » La classe mobile fédère une véritable communauté bienveillante. « Pour moi, ce sont presque mes enfants », dit Jovincia en riant, « je ferai tout pour les aider. C’est comme une famille. »

L’école mobile a eu des effets heureux sur plusieurs plans dans la vie des habitants de Ouidah. Tout d’abords, les enfants porteurs d’un handicap ont pris conscience de leur valeur : « A leurs yeux, c’était normal qu’on ne s’occupe pas d’eux ou qu’on ne joue pas avec eux. Avec l’école mobile, ils se sont rendus compte qu’ils pouvaient être le centre de l’attention. Plus encore, ils se disent que si des gens le font aujourd’hui, cela signifie qu’on aurait pu s’occuper de moi avant », relate Jovincia. La présence du tricycle devant le pas de porte intrigue les habitants et particulièrement les enfants. « Cela participe au changement des mentalités de montrer qu’on s’intéresse aux jeunes porteurs d’un handicap », se réjouit Jovincia.

L’équipe pédagogique a le souhait qu’un jour les enfants aux alentours de Ouidah puissent bénéficier des cours de l’école mobile.