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La lèpre reste un problème de santé publique au Burkina Faso. Au centre dermatologique Raoul Follereau, à Ouagadougou, les médecins et infirmiers du programme national lèpre travaillent en faveur d’un dépistage et d’une prise en charge sans stigmatisation des malades de la lèpre.

crédit : Marie-Charlotte Noulens

Dans la cour du centre dermatologique Raoul Follereau, une centaine d’hommes, des femmes et des enfants attendent dans un calme apparent. Certains vieillards sont étendus sur des nattes tandis que des enfants jouent dans la poussière sous le regard de leurs mères. Soudain, tout le monde s’agite. Le docteur Ilboudo vient de sortir de la salle de consultation. « Cela fait deux heures que j’attends ! » lance une femme, « Calmez-vous, tout le monde passera », réagit le médecin. Depuis quatre heures du matin, les patients affluent sans discontinuité. « A sept heures, nous avions déjà distribué quatre-vingt-cinq tickets de consultations », précise le docteur Ilboudo, « le centre de dermatologie de l’hôpital de Ouagadougou est très réputé dans le pays pour la qualité des soins. Certains malades viennent de très loin pour venir consulter à Ouagadougou. »

Un centre reconnu

Les tâches dépigmentées sur le dos de cette femme sont les symptômes de la lèpre. crédit : Marie-Charlotte Noulens

La lèpre est loin d’être éradiquée au Burkina Faso. Cette maladie touche les populations les plus isolées du pays ce qui explique souvent un retard de diagnostic. La honte et la peur de la stigmatisation sont aussi des facteurs déterminants dans ce délai de dépistage. Pour faire face à ce problème de santé publique, un programme national lèpre a été mis en place. Il dépend directement du ministère de la Santé et est largement financé par la Fondation Raoul Follereau.

Le docteur Ilboudo est le nouveau coordinateur de ce programme. Agé d’une quarantaine d’années, le dermatologue considère sont travail comme une vocation. « Chaque être humain a une vocation. La mienne est d’être auprès des malades et particulièrement des plus pauvres. C’était vraiment mon souhait de m’occuper des malades de la lèpre car ils sont les plus démunis. J’ai envie de soulager les plus pauvres. » Tous les jours, son associée, le docteur Kaboré et lui-même, proposent des consultations dermatologiques sans rendez-vous au centre Raoul Follereau de Ouagadougou. « C’est une méthode pour dépister la lèpre sans stigmatiser », souligne le dermatologue, « bien entendu, nous soignons toutes les maladies dermatologiques que nous diagnostiquons, même si ce n’est pas la lèpre. » En 2018, le centre dermatologique Raoul Follereau a dépisté 183 nouveaux cas de lèpre dont sept enfants. Parmi ces malades, 62 présentaient déjà des infirmités lourdes. « Nous étions préparés à une telle affluence », dit le médecin en souriant. La semaine passée, les équipes du PNL se sont rendues à l’Ouest du pays, près de Bobo Dioulasso afin de réaliser des dépistages actifs. Le centre supervise treize régions sanitaires et leurs districts. Les patients sont enregistrés et suivis grâce au travail primordial des infirmiers superviseurs lèpre.

 

Le minutieux travail des infirmiers

 

Des voix et des rires s’échappent du poste de soin. L’équipe des infirmiers superviseurs lèpre s’active autour d’une patiente. Assise sur une chaise, la femme semble intimidée par autant d’attention. De multiple tâches roses parsèment son corps. Son visage semble congestionné. « Ce sont des nodules », explique une infirmière, « les malades de la lèpre ont les mêmes traits, comme des momies. » Cette patiente, dépistée en juin 2019, est âgée d’une quarantaine d’années. « Elle a une forme de lèpre multibacillaire. » La jeune soignante est affairée sur son PC posé sur un brancard en guise de bureau. Depuis son écran d’ordinateur, elle fait défiler la liste des patients dépistés en brousse. Face un chaque nom se trouve l’âge du malade : 62 ans, 40 ans, 28 ans, 35 ans, 18 ans… Tous ont les mêmes traits, ceux d’un visage de vieillard. « La maladie déforme complètement le visage. Je me souviens d’une patiente de 18 ans qui avaient le visage très boursouflé. Après quatorze jours de traitement seulement, elle est redevenue une jeune fille. C’est vraiment une joie de voir des patients guérir. »

L’équipe d’infirmiers superviseurs lèpre du centre Raoul Follereau. crédit : Marie-Charlotte Noulens

Les ISL sont formés pour dépister les cas de lèpre : perte de sudation, perte de la sensibilité, nerf saillant enflammé, sensible et douloureux. « Nous dressons une fiche lèpre avec l’examen clinique et un numéro de matricule. » Le patient reçoit un carnet de traitement qu’il doit garder sur lui. « Il est très rare que des malades abandonnent la prise de médicaments », souligne l’infirmière. La lèpre se soigne par l’administration quotidien d’un antibiotique appelé Rifampicine.

Chaque trimestre, le centre envoie à l’organisation mondiale de la santé un rapport au niveau du district avec les données récoltées. L’OMS se base ensuite sur ces chiffres pour envoyer la quantité de médicaments adéquate. Depuis trois ans, le nombre de nouveaux cas de lèpre sur l’ensemble du territoire burkinabé semble stagner à environ 200. Preuve que le combat des équipes du PNL n’est pas encore terminé.