Du 2 au 7 février dernier, au sud-ouest du Burkina Faso, une mission de dépistage des maladies tropicales négligées (MTN) a été menée dans le district sanitaire de Gaoua. Entretien avec le Dr Rakiatou Topan, dermatologue.
FRF : Dr Rakiatou Topan, vous êtes dermatologue dans l’unité lèpre du Programme national de lutte contre les MTN. Vous menez, avec le soutien de la Fondation Raoul Follereau, des activités de formation et de dépistage dans les régions. Pour quelle raison avez-vous ciblé, en ce début d’année, le district de Gaoua, au sud-ouest du pays ?
Dr Rakiatou Topan : Gaoua se trouve dans le Djoro, une région au sud-ouest du pays, où l’endémicité des maladies tropicales négligées cutanées est connue : on y trouve des cas de lèpre, des cas de filariose lymphatique (lymphœdèmes aussi appelés éléphantiasis) et d’onchocercose (la cécité des rivières). Depuis 2023, nous menons donc dans les districts sanitaires du Djoro, des campagnes annuelles de dépistage communautaire. (Excepté en 2024, période durant laquelle la situation sécuritaire ne permettait pas un déplacement dans la région).
Comment s’est déroulée la mission ?
Dr Rakiatou Topan : La mission s’est déroulée en 3 phases. En janvier, avec mon confrère dermatologue, nous avons commencé par former les infirmiers chefs de postes, et un médecin généraliste du district. Ensuite, ceux-ci ont formé à leur tour des agents de santé à base communautaire. Ces agents de santé vivent dans les villages, ils ont la confiance des habitants par qui ils ont été choisis. Dès lors, ce sont eux qui sont missionnés pour aller repérer les cas suspects : ils visitent les familles, leur présentent des photos des maladies, et notent dans leurs cahiers, les noms, prénoms, âges et villages des personnes qu’ils suspectent d’être malades. En février, ils nous ont ainsi référé 591 personnes qui se sont présentées pour une consultation, lors de notre tournée dans les centres de santé.
Quels ont été les résultats de ces consultations ?
Dr Rakiatou Topan : En février, nous avons réalisé des consultations dans 4 centres de santé et de promotion sociale (CSPS). Ces quatre centres couvrent 45 villages. Sur les 591 cas suspects référés par les agents de santé communautaires, nous avons validé 9 cas de lèpre – dont 3 dans une même famille – et un cas de filariose lymphatique avancé que nous avons envoyé à l’hôpital à Gaoua, pour une prise en charge chirurgicale.
Quelles difficultés rencontrez-vous actuellement ?
Dr Rakiatou Topan : La difficulté principale, c’est de se rendre dans les lieux reculés pour former les agents de santé à base communautaire et dépister les malades. Les obstacles rencontrés sont le au manque de ressources et, selon les zones, l’insécurité. Comme je le disais, les agents de santé communautaires sont essentiels pour lutter notamment contre les maladies tropicales négligées, d’autant plus dans un contexte sécuritaire difficile. Dans certaines zones, notamment au nord du pays, dans la région de Ouahigouya, on évite de se déplacer en véhicule. Les agents de santé, eux, peuvent se déplacer en sécurité – tant qu’ils n’ont pas de contact avec l’extérieur.
Quelles sont vos priorités d’action dans les prochains mois ?
Dr Rakiatou Topan : La formation des personnels soignants doit être continue, car il y a trop de méconnaissance et donc de dépistages tardifs. Il y a les formations dispensées, à l’occasion des missions de dépistage dans les régions, comme celles de février. Et une fois par an, nous rassemblons les 70 infirmiers superviseurs de la lèpre (ISL) pour actualiser leurs connaissances, favoriser la collaboration, les encourager et recueillir leurs besoins. L’an passé, ils ont demandé du carburant pour faire des recherches actives de cas dans les villages. La date de la prochaine formation est en cours de définition.
Photographie du Dr Rakiatou Topan