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En Afrique, le handicap est la cause de nombreuses exclusions. Au Burkina Faso, un centre de formation professionnelle a été créé pour permettre aux plus vulnérables de se réinsérer dans la société par le travail. Un moyen pour ces personnes de regagner l’estime d’elles-mêmes.

 

Le Burkina Faso est l’un des dix pays les moins développés du monde. Sur les 19 millions d’habitants, près de 169 000 personnes sont en situation de handicap. Malgré la campagne de recensement général de la population et de l’habitation (RGPH) de 2006, menée par le gouvernement burkinabè, il existe peu de données sur le handicap. Une seule certitude : les personnes souffrant d’un handicap physique ou mental sont, d’une manière générale, marginalisées. Dans ce contexte, les enfants et les femmes vivant avec un handicap sont les plus vulnérables.

 

Moins d’un euro par jour pour vivre

 

Dans les années 50, la poliomyélite fait des ravages au Burkina Faso, laissant de nombreuses personnes invalides dans son sillage. Touchée par le sort réservé aux enfants souffrants des séquelles très invalidantes de la maladie à Ouagadougou, sœur Huguette, une religieuse européenne, met tout en œuvre pour les accueillir et les soigner tout en leur donnant une éducation. Elle créée ce qui deviendra par la suite le centre de formation technique professionnelle des Personnes Handicapées de la cathédrale. Parmi les premiers petits pensionnaires se trouve Agnès Consaigniga, la future directrice du centre. Atteinte de la poliomyélite lorsqu’elle était enfant, Agnès se déplace avec difficulté. Elle a pu suivre une scolarité au centre. Son envie de réussir la pousse jusqu’à l’obtention d’un diplôme d’éducateur spécialisé. Elle souhaite ensuite rendre ce qu’elle a reçu en devenant monitrice puis directrice du centre.

Les jeunes filles reçoivent une formation de coupe couture. La réalisation de ces produits artisanaux est adaptée à chaque handicap.

Aujourd’hui, le centre accueille 35 jeunes handicapés physiques, mentaux et auditifs, âgés de 15 à 25 ans et les forme, pendant trois ans, aux métiers d’artisanat : tissage, couture, coupe, création de bijoux, broderie, tricot-crochet. « Les jeunes sont tous issus de familles très pauvres avec moins d’un euro par jour pour se nourrir », explique Agnès, « ces difficultés financières sont un frein à la prise en charge des enfants handicapés. Les familles n’ont pas les moyens d’assumer leurs enfants. Ils ne sont ni soignés ni scolarisés. » Au Burkina Faso, une écrasante majorité des enfants, âgés de 6 à 18 ans, n’ont pas accès à l’éducation. « Il n’existe pas d’infrastructures adaptées au handicap dans les écoles », explique Agnès.

 

A cela s’ajoutent les croyances animistes selon lesquelles un enfant porteur d’un handicap mental ou d’une malformation congénitale serait maudit. « Ces enfants sont tués, enfermés, rejetés ou abandonnés à cause de ces croyances », déplore Agnès. Ce fut le cas de Jessica, une adolescente de 12 ans porteuse de la trisomie 21. « Nous l’avons retrouvé sur le pas de la porte du centre, couchée sur le sol », se souvient Agnès. « Nous sommes allés à l’action sociale pour retrouver ses parents. Il n’est pas légal d’accueillir un enfant sans connaître un des parents », explique la directrice. Les recherches ont été vaines, « ils voulaient simplement se débarrasser d’elle car l’enfant est maudite… » Au centre, Jessica est soignée et suit des cours de rééducation et de psychomotricité. « Les premiers temps, elle avait du mal à marcher et à se servir de ses mains. En un an, Jessica a fait d’énormes progrès », souligne Agnès. Jessica apprend à fabriquer des bijoux au centre. « Cette enfant, qui était en grande difficulté, est épanouie. C’est une grande joie pour nous ! »

Jessica rayonne depuis son arrivée au centre.

 

Se sentir utile

 

Sans instruction et livrés à eux-mêmes, ces jeunes n’ont que la mendicité comme principale source de revenus. Une situation humiliante pour ces enfants qui souffrent d’un grand manque d’estime de soi. Au centre, Agnès souhaite casser l’image négative qu’ils ont d’eux-mêmes : « il faut valoriser les personnes en situation de handicap. En apprenant un métier, ils retrouvent le sentiment d’être utiles au développement de leur pays. » L’histoire de Mikaela reflète bien cette approche. Abandonné à la naissance, le jeune garçon souffre d’incontinence fécale et urinaire. A cause de ce handicap, Mikaela s’est vu refuser son entrée à l’école. Au centre depuis 2017, il suit des séances de rééducation fonctionnelle et psychologique et une formation en tissage. Son ambition est d’ouvrir son propre centre de tissage qui emploie des personnes en situation de handicap. « Mikaela est, à présent, épanoui et très jovial. »

Mikaela excelle dans la technique du tissage.

Depuis sa création en 1974, le centre a formé et inséré 2000 jeunes. « Les familles sont tellement heureuses de la progression de leur enfant qu’elles viennent témoigner au centre », souligne Agnès. Malgré un important manque de moyens financiers, la directrice ne ménage pas sa peine pour maintenir le centre de formation professionnelle à flot : « Il y a une volonté politique autour de la question du handicap au Burkina Faso mais l’Etat n’apporte pas d’aide concrète. » Le Burkina Faso a ratifié la quasi-totalité des initiatives et textes juridiques internationaux pour la protection et la promotion des personnes en situation de handicap. Mais, dans les faits, les lois sont peu appliquées. Le rapport RGPH de 2006 l’exprime clairement : « Les enfants et les femmes vivant avec un handicap sont les plus exposés aux effets de ces faiblesses institutionnelles. »[1] Pour l’heure, ce sont principalement des initiatives privées ou d’ONG qui sont les moteurs de la prise en charge des personnes en situation de handicap.

[1] http://www.cns.bf/IMG/pdf/theme_13_personnes_vivant_avec_un_handicap_fin_f_1.pdf (p. 19).