Derrière la baisse apparente du nombre de nouveaux cas de lèpre, se cachent tous les malades non dépistés et tous ceux vivant avec des séquelles. En Inde, le centre Rawttakuppam est le dernier de sa région à prendre en charge ces anciens malades.

 

En septembre dernier, le rapport annuel de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé une baisse de 5,5% de nouveaux cas de lèpre dans le monde, entre 2023 et 2024, avec 172 717 cas déclarés dans le monde en 2024. Si cette diminution pourrait sembler encourageante, les soignants dans les pays, alertent sur les malades isolés et non dépistés. « Les données mondiales relatives à la lèpre sont seulement celles des dépistages rapportés, il ne s’agit pas d’une estimation mondiale des cas » explique le Dr Bertrand Cauchoix, conseiller médical et ancien représentant de la Fondation Raoul Follereau à Madagascar, « les données sont le reflet des actions menées ».

Or de nombreux obstacles freinent l’accès au dépistage. La pauvreté et l’insécurité empêchent, dans de nombreuses régions du monde, les malades d’atteindre un centre de santé – ceux-ci ne pouvant laisser leurs champs, payer le déplacement en taxi-moto, ou traverser des zones où sévissent terrorisme ou grand banditisme. « Les stratégies de dépistage avancé depuis une dizaine d’années, tendent à rétablir un certain équilibre entre les zones couvertes et les zones non couvertes » relève le Dr Cauchoix. Ces stratégies mises en œuvre par les programmes nationaux et soutenues par la Fondation, expliquent par exemple l’augmentation du nombre de cas dépistés et déclarés à Madagascar (1659 en 2023, 1713 en 2024) et en Côte d’Ivoire (483 en 2023, 584 en 2024).

 

Dans le Tamil Nadu, un dernier centre pour les anciens malades invalides 

La baisse, au niveau mondial, du nombre de nouveaux cas ne doit pas non plus éclipser le nombre de personnes vivant avec des déficiences ou des déformations visibles dues à la maladie :  ce nombre est estimé à 2 à 3 millions de personnes par l’OMS.  En 2024, sur les 171 717 nouveaux cas détectés dans le monde, 9 124 présentaient de telles invalidités de degré 2. 

Pays le plus peuplé au monde, l’Inde reste celui comptant le plus de malades de la lèpre : en 2024, le Programme national d’éradication de la lèpre (NLEP) a déclaré 100 957 nouveaux cas, pour une population de 1,451 milliard d’habitants. À 150 km de Pondichéry, le centre rural de développement Rawttakuppam Hemerijckx est le seul du Tamil Nadu à soigner encore les malades de la lèpre. « Grâce au développement et à la sensibilisation, il y a moins de nouveaux cas dans le sud » explique sœur Jessi Dorathi, directrice du centre, « mais de nombreux anciens malades viennent ici en raison de plaies ou de réactions liées à la lèpre ». Sœur Dorathi évoque cette femme de 42 ans, récemment amputée des deux pieds : abandonnée de son mari et ayant deux filles à charge, celle-ci reçoit un soutien du centre dont la Fondation Raoul Follereau est l’un des partenaires historiques.