Dr Kaba est Chirurgien plasticien spécialisé dans les maladies tropicales négligées cutanées à l’Institut Raoul Follereau de Manikro.

De l’Europe à l’Afrique, une révélation

Pierre-Joseph Lanciné Kaba se destinait initialement à l’orthopédie. Mais c’est durant son internat à Adzopé qu’il découvre la réalité de la chirurgie en situation précaire. Malgré les conditions difficiles, il y rencontre un personnel soignant motivé, qui ne demande qu’à être soutenu. Déterminé à renforcer ses compétences, il part alors en Europe pour se former. “Cette expérience m’a obligé à réfléchir et adapter mes pratiques à des conditions plus précaires, sans renoncer à la qualité du soin.” De retour en Côte d’Ivoire, l’évidence s’impose : “J’ai constaté à quel point ma spécialisation répondait à un besoin réel. Nombre de patients, une fois guéris, demeurent marqués par de lourdes séquelles nécessitant une chirurgie reconstructrice.” Le défi est immense dans un pays qui ne compte que 12 chirurgiens plasticiens pour plus de 30 millions d’habitants.

 

Manikro : relancer un centre d’excellence

En 2020, le Dr Kaba prend la direction de l’Institut Raoul Follereau de Manikro, fermé pendant près de 10 ans en raison des conflits sévissant dans le pays. “À l’Institut Raoul Follereau, j’ai trouvé des religieuses dévouées et des malades qui avaient besoin d’aide. Les équipements étaient en mauvais état, ça m’a convaincu d’y rester, car je savais que je pouvais aider.” Sous l’impulsion du Directeur Général de l’Institut Raoul Follereau (Adzopé et Manikro) et avec l’appui des programmes nationaux, le centre retrouve progressivement sa vocation.
Réhabilité en 2023-2024 grâce au soutien de la Fondation, l’institut dispose aujourd’hui d’un bloc opératoire moderne et d’un bâtiment d’hospitalisation dédié aux maladies tropicales négligées.
286 patients ont été soignés depuis la reprise d’activité du centre, toutes pathologies confondues. “C’était aussi une occasion de continuer à apprendre et de pouvoir aider encore plus”, explique-t-il. Étant l’un des deux seuls spécialistes de Côte d’Ivoire capables d’opérer l’éléphantiasis, il mesure l’importance de chaque intervention : “Je pense à un patient que j’ai opéré en 1996. Il avait une main paralysée. En 2018, je l’ai recroisé : il était devenu instituteur. Ce jour-là, j’ai compris à quel point une opération peut changer une vie.”

Toute ma vie, je serai médecin. Les honneurs que j’aurai reçus disparaîtront à ma retraite, mais les personnes que j’aurai soignées seront encore là et auront pu reconstruire leur vie. Je trouve un sens à mon engagement chaque fois que je soigne un patient dans le besoin.

Docteur Lanciné Kaba

Une approche humaine et collaborative

Cette philosophie humaine, il la cultive au quotidien avec l’assistante sociale, Sœur Tano Akoua : “Sr Tano identifie les malades, assure le lien social et prépare les patients. Sa présence nous assure que l’intervention aura un impact réel et durable.” Un tandem médico-social qui illustre parfaitement l’approche globale de la Fondation. Aujourd’hui, enseignant à l’Univer[1]sité Alassane Ouattara, il forme la relève : “Si vous aimez la chirurgie reconstructrice, venez là où les besoins sont. Quel bonheur de voir une personne retrouver le sourire, la dignité. Ce n’est pas seulement un acte médical, c’est un acte humain.