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L’Égypte est le pays arabe le plus peuplé où près de 30% des habitants vivent sous le seuil de la pauvreté. En raison des restrictions dues à la pandémie Covid-19, beaucoup ont perdu leur emploi. Au cœur de ce marasme économique, Koussieh et Menchieh, deux villages à la lisière du désert, forment une oasis de paix pour les plus pauvres.

 

« Quand je suis arrivée à Koussieh, dans les années 90, j’étais la seule femme à conduire. Les gens jetaient des pierres sur ma voiture ! » Sœur Nada part dans un éclat de rires communicatif. « Vous savez, c’était honteux pour une femme en Égypte. » Presque 30 ans après son arrivée en Haute-Égypte, sœur Nada, Libanaise originaire du Chouf, mesure le chemin parcouru dans la région. Une région pauvre et délaissée le long du Nil pour laquelle elle a consacré une partie de sa vie. Sa communauté y est implantée depuis 1965. Elle a su, au fil des années, créer une oasis qui rayonne autour de Koussieh et Menchieh au service des plus pauvres et soutenue par la Fondation Raoul Follereau avec : un centre médico-social, un dispensaire, un atelier d’artisanat pour les femmes et des jardins d’enfants.

 

 

Une aide médico-sociale

 

Situés au sud de l’Égypte, les gouvernorats de la Haute-Égypte sont parmi les plus pauvres du pays. Selon UN Women*, « le taux de pauvreté en Haute-Égypte représente 66% du niveau national ». La région abrite 95% des villages les plus pauvres. L’Égypte dispose d’une population très jeune, avec une forte croissance démographique, dans un contexte de grande précarité amenant ainsi des problèmes sociaux majeurs. Sœur Nada est en première ligne. « Nous sommes présentes dans deux villages distants de 10 km : Koussieh et Menchieh », explique sœur Nada. Ces deux villages abritent des quartiers très pauvres : « A Zarabi, un quartier de Koussieh, les gens vivent dans des maisons en terre battue et cohabitent avec les animaux : les poules, les moutons etc. En été, il y a énormément de mouches. » Ces conditions de vie entraînent leur lot d’accidents domestiques comme les brûlures chez les enfants. La majorité des travailleurs de la région sont des agriculteurs. « Il y a beaucoup de malades, d’alcoolisme, de femmes et d’enfants maltraités », déplore sœur Nada.

 

Le dispensaire donne un accès aux soins pour les plus pauvres.

 

Face à ce constat, deux dispensaires de santé ont été construits à Koussieh et Menchieh il y a plus de 20 ans. Sœur Nada y travaille. Le plus grand dispensaire se trouve à Koussieh : « Nous avons de nombreuses spécialités : clinique dentaire, psychologie, gynécologie, ophtalmologie, dermatologie… Nous avons des patients venant de 15 villages aux alentours ! », souligne sœur Nada. Les médecins sont rémunérés et les patients paient leurs soins en fonction de leurs moyens. Au fil des années et des besoins, l’aide aux plus pauvres se décline en aides sociales, éducative et professionnelle. Une action globale tournée vers l’acquisition de l’autonomie afin que chacun devienne acteur de sa propre promotion. « Nous avons mis en place des micro-projets. Par exemple, un atelier de fabrication de bougies à Menchieh uniquement pour les femmes », souligne la religieuse.

 

Promouvoir la femme

 

L’atelier de bougie emploie 17 femmes.

« Dans la mentalité orientale, l’homme domine. C’est une honte pour une femme de ne pas être mariée. Certaines sont maltraitées par leur mari, forcées de rester à la maison ou de travailler dans les champs. » Sœur Nada est admirative de leur courage et de leur endurance, « surtout les femmes d’agriculteurs. » L’UN Women alertait déjà sur le phénomène : « les normes culturelles, sociales et religieuses empêchent les femmes dans les zones rurales d’accéder à des emplois hors de leur foyer. » L’atelier de production manuelle de bougies emploie 17 jeunes filles en situation de grande pauvreté, dont une femme non-voyante. Elles travaillent tous les jours et sont rémunérées de telle sorte qu’elles puissent être indépendantes. « Ces jeunes filles très pauvres et repliées sur elles-mêmes s’épanouissent et découvrent qu’elles ont de la valeur et sont capables de faire quelque chose de beau », explique sœur Nada. La Fondation Raoul Follereau a permis à cet atelier de prendre son envol jusqu’à l’autonomie. Elle a financé deux machines de production dont une pour les petites bougies pour l’éclairage usuel. « Il n’y a pas d’électricité dans toutes les maisons, particulièrement au sein des foyers pauvres de ce village. Beaucoup s’éclairent à la bougie le soir venu », explique Roger Khairallah, représentant de la Fondation Raoul Follereau au Moyen Orient. Le changement de mentalité n’est pas pour demain. « Il y a des femmes médecins, ingénieurs à Koussieh. C’est mieux qu’avant. Mais dans les milieux modestes, c’est plus difficile pour elles », déplore la sœur. Son téléphone ne cesse de sonner. En riant, elle explique être très sollicitée. « Une fois, j’ai dû intervenir pour convaincre un homme d’aller chercher sa femme qu’il avait chassée du foyer. » Dans les deux villages, les religieuses font le pari de l’avenir. Elles ont créé trois jardins d’enfants : deux payants et un totalement gratuit pour une centaine d’enfants pauvres âgés de 3 à 6 ans. Elles ont aussi ouvert leurs portes pour les enfants des rues en difficulté scolaire. Ils viennent par groupe selon la période de leur scolarité pour des cours de soutien scolaire le matin ou l’après-midi. A chaque fois, ils prennent un ou deux repas équilibrés qu’ils ne pourraient jamais avoir chez eux. « Nos jeunes ont des rêves. Ils sentent bien que leur milieu de vie n’est pas dans la norme. Certains parviennent à s’en sortir. Alors, oui : ils rêvent. »