FAIRE UN DON
Déductible de vos impôts

Aux pieds des montagnes de la Drôme, Chloé Meurisse est paysanne herboriste. Depuis deux ans, elle cultive, sèche et distille une dizaine de plantes aromatiques et médicinales. Dans une région où la concurrence est rude, la jeune femme est confrontée à plusieurs difficultés pour vivre de son activité.

 

Une douce odeur florale embaume l’atelier de Chloé. Penchée sur son établi, la jeune femme manie avec dextérité un flacon bleuté qu’elle remplit d’une eau parfumée. L’atmosphère est lumineuse, paisible, presque monacale. « Je prépare mes flacons d’eau fl orale pour les vendre sur un marché demain », précise Chloé, « dans mon entreprise, Dame Jeanne, je fais tout de A à Z ! » Chloé Meurisse est paysanne herboriste à Poët-Celard, un petit village aux pieds des montagnes de la Drôme. Elle cultive seule 6 000 m2 de terrain, entre la plaine et la montagne. Ortie, lavande, sauge, camomille… Les espèces de fleurs cultivées par Chloé se comptent par dizaines pour composer des eaux florales, des huiles essentielles et des tisanes dans le respect des savoir-faire traditionnels. Mais, malgré son travail acharné, Chloé peine à faire croître son entreprise et a donc demandé l’aide de la Fondation Raoul Follereau. Dans cette  région, classée zone agricole défavorisée, la concurrence est rude et les conditions de travail, très physiques.

 

Valoriser son travail

 

Cela fait deux printemps que Chloé a posé ses valises à Poët-Celard avec son compagnon et ses deux enfants en bas âge. Après une période de chômage, elle décide de vivre de sa passion en devenant paysanne herboriste. « Les plantes ont des propriétés médicinales qui m’ont toujours passionnée. Je précise à chaque fois que je suis paysanne herboriste pour plusieurs raisons. La première est que le monde paysan fonctionne avec herboriste. Ce titre résume mon activité, de la plantation à la transmission d’un savoir-faire que possédaient nos anciens. Enfin, je trouve important de préciser que je suis une femme. » Dans ses champs, l’ensemble de la production de fleurs est non mécanisé. En plus, Chloé garde constamment un œil sur la nature pour ne pas manquer de rendez-vous avec les plantes sauvages. « Il faut vraiment être attentif. Certaines espèces ont un temps limité pour la récolte. »

Les pétales de roses sont l’ingrédient phare des tisanes de Chloé. © Marie-Charlotte Noulens

A la période de la floraison du thym et de la lavande, la jeune femme part seule à 1 200 mètres d’altitude pour la cueillette. Une récolte qu’elle fait à la main avec une faucille et un grand drap accroché au dos pour transporter, selon la méthode ancestrale. « J’ai 12 kg sur le dos en plein soleil. Franchement, c’est dur », lance Chloé dans un éclat de rire. Entre le démarchage pour vendre ses produits, le travail aux champs, le conditionnement des plantes, la préparation des produits etc., Chloé assume toutes les casquettes. « Au début, je travaillais chez moi mais c’était vraiment difficile psychologiquement. Je loue un atelier pour stocker et produire dans le village d’à côté. La vérité est que je m’épuise à la tâche. J’ai tous les postes en même temps donc j’ai dû mal à être efficace et à gérer mon temps… » Blonde, pétillante, de grands yeux d’un bleu translucide, Chloé dégage de la force et un grand optimisme malgré l’adversité. « Aujourd’hui, je travaille à perte. Mes charges sont trop lourdes. J’ai envie de défendre mon travail en revalorisant mes prix mais je n’ose pas. » Les produits de Chloé sont à l’image de sa manière de produire : au-dessus de la gamme. Une qualité que la jeune femme peine à valoriser tant elle est prise par les aspects techniques et matériels de son entreprise. Face à ce constat, Serge Gleyze, conseiller bénévole pour le service Action Rurale de la Fondation Raoul Follereau, lui rend visite.

 

 « Cela me fait du bien d’en parler »

 

Les montagnes forment un écrin de roches grises et blanches autour des terrains de Chloé. Accroupie sur ses plantations de mauves, elle vérifie que l’irrigation fonctionne. « Vous avez tout pour réussir », lui lance Serge Gleyze, « je vous conseille de passer votre diplôme agricole. Vous obtiendrez ainsi la dotation Jeunes Agriculteurs, une aide financière qui vous permettra de sortir la tête de l’eau. » Serge Gleyze accompagne la jeune femme depuis le début. Très à l’écoute de ses problèmes, il sait la conseiller. Les échanges sont vifs, honnêtes, simples et confiants. « Cela me fait du bien d’en parler », souffle Chloé à l’évocation de ses problèmes de trésorerie, « ce n’est pas facile tous les jours alors j’aime beaucoup le suivi qu’apporte la Fondation. » Chloé a de nombreux projets pour son entreprise

avec pour mot d’ordre la transmission et l’implication locale. « J’aimerais bien faire découvrir mon atelier et mon métier aux enfants de la ville ou faire des chantiers de famille. Les gens sont surpris de voir ce qu’est vraiment une fleur de camomille, par exemple. La tisane, on en a une idée de poudre dans laquelle on rajoute des arômes car la plante est trop abimée. Il faut redonner du sens à ce qu’on consomme et revenir à la nature brute du produit. » Avant d’être paysanne herboriste, Chloé travaillait à Lille dans l’univers du spectacle. Même si ce temps lui paraît loin, elle y trouve les mêmes combats dans sa nouvelle profession : « celui d’être dans l’action pour faire changer les choses. »