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Après plusieurs décennies de guerre, l’Irak tente de retrouver une stabilité tant sur le plan politique que sécuritaire. Le pays est déchiré entre ses communautés dont les lignes de fractures se sont aggravées avec l’invasion de l’Etat islamique. Dans ce contexte, la jeunesse irakienne doit relever le défi de vivre ensemble en s’appuyant sur des principes communs. L’éducation est donc un enjeu majeur de l’Irak de demain. A Qaraqosh, ville martyre de la guerre de 2014/2017, l’école publique a pu être reconstruite grâce à plusieurs ONG dont la Fondation Raoul Follereau.

 

 

 

Presque cinq ans après la guerre, la nature reprend ses droits sur les paysages désolés de la plaine de Ninive. « Vous savez, nous avons beaucoup reconstruit depuis la libération », nous lance le chauffeur de taxi. Sa voix perce à peine le bourdonnement de son vieux véhicule : « L’armée irakienne et les milices se sont battues sur ce tronçon jusqu’à la ville de Qaraqosh. » Lui-même est un Peshmerga, un combattant kurde, comme en témoigne sa carte de combattant, coincée dans le pare-soleil de son taxi, tandis qu’un chapelet chrétien perle le long du levier de vitesse. Le contraste peut sembler saisissant mais il n’est pas rare que des chrétiens soient aussi des soldats kurdes, « pour arrondir les fins de mois ».

En 2014, l’Etat islamique en Irak et au Levant lance de grandes offensives sur l’Irak et conquiert une large partie du territoire pour y instaurer le califat islamique. La plaine, que l’on traverse à grande vitesse, porte encore les stigmates du conflit : trous d’obus profonds et recouverts de végétation, maisons détruites, noires d’une suie ancienne, postes d’observation fortifiés par de lourds sacs de sable tenus par les Peshmergas et camps de déplacés internes. Pour la majorité, les personnes vivant dans ces camps sont des sunnites de Mossoul ayant fui les combats. Le velours vert de la plaine fait ressortir l’éclatante blancheur de la multitude de tentes, entourées de barbelés et de postes de garde.

 

Qaraqosh, une ville martyre

 

La ville de Qaraqosh, partiellement détruite, a été libérée en 2017. Aujourd’hui, la route qui conduit à Qaraqosh depuis Erbil a été refaite en partie mais reste ponctuée de nids de poules. Au bout se trouve un check-point massif. Il marque le passage du Kurdistan irakien vers l’Irak. Peshmerga d’un côté, armée irakienne de l’autre. Les deux camps sont lourdement armés. Si l’Etat islamique a été défait, la zone reste encore sur militarisée et contrôlée. Les milices qui ont vu le jour pendant la guerre ont été intégrées dans l’armée irakienne. Pour autant, chacun garde une identité forte et surtout une grande influence notamment la milice chiite Hachd al-Chaabi, soutenue par l’Iran.

Yohanna Yousef Towaya nous attend de l’autre côté du check-point. De petite taille, les cheveux blancs et le regard bleu azur, Yousef est le directeur de l’ONG irakienne Hammurabi Human Rights Organization (HHRO), une organisation partenaire de la Fondation Raoul Follereau, à Erbil et Mossoul. HHRO est une ONG irakienne créée en 2005 par Pascale Warda, ancienne ministre de l’Immigration et des Réfugiés, et son mari, William Warda. Cette ONG a pour but de promouvoir et de protéger les droits de l’homme en Irak à l’échelle régionale, nationale et internationale. Elle protège particulièrement les minorités du pays : chrétien, yézidi, sabéen, mandéen, Turkmène, assyrien, Arménien, etc. Avant 2003, les chrétiens d’Irak formaient une des plus grandes communautés chrétiennes des pays du Moyen-Orient. Son implantation est très ancienne. Depuis 1990, 80 % de la population chrétienne a quitté l’Irak. Elle représente moins de 2 % de la population irakienne. « Les chrétiens d’Irak ont fui au Liban, en Turquie, en Jordanie… Tous attendent leur ticket de sortie vers l’Occident ou l’Océanie. A Qaraqosh, par exemple, il y avait 54 000 chrétiens en 2014, aujourd’hui, il n’en reste que 22 000 », souligne Yousef. La ville a été occupée pendant trois ans par l’Etat islamique. Elle a été marquée au fer rouge jusque dans ses églises. Celle de l’Immaculée Conception a été transformée en centre d’entraînement de Daech. Les Qaraqoshis ont fait le choix de ne pas la restaurer entièrement afin de garder en mémoire cette sinistre période. Les croix sont martelées tout comme les visages des saints chrétiens sculptées dans la pierre de l’église.

 

 

 

 

Yohanna Yousef Towaya croit au dialogue islamo-chrétien. Né à Qaraqosh, Yousef a pourtant dû fuir l’arrivée des combattants de Daech. En août 2014, comme des milliers de compatriotes, il s’est lancé sur les routes de l’exile vers Erbil : « J’ai tout laissé derrière moi : ma ferme, mon cheptel, ma maison, tout… »

Selon lui, « près de 70 % des musulmans de Mossoul sont contre Daech. Nous avons réalisé des workshop sur la liberté religieuse et la liberté de penser. Quinze personnes ont ensuite été désignées pour organiser et animer des conférences sur le sujet à Mossoul. Au fil des conférences, les auditeurs étaient de plus en plus nombreux. Au début, les musulmans assistaient sans participer. A présent, ils sont des membres actifs de ces conférences. Certains m’ont fait part de l’urgente nécessité de réformer l’islam en ajoutant qu’il n’était pas acceptable de vivre sa foi comme il y a 1000 ans. » Le succès de ces conférences est tel qu’un groupe de 3000 musulmans s’est formé pour aider les chrétiens à rebâtir les églises. « Pour financer les travaux, ils font des quêtes dans les mosquées. Ils ont même assisté aux messes. Les musulmans de Mossoul ne souhaitent pas que les chrétiens disparaissent. » La visite du Pape en mars dernier a donné un élan d’espoir pour le retour des chrétiens à Qaraqosh.

Les ruines de l’université catholique, détruite dans les combats, marquent l’entrée de la ville. De ses hautes façades éventrées, pointent les grillages métalliques qui jadis supportaient le bâtiment. Il est peu probable que l’université soit reconstruite. Pourtant, c’est bien l’accès à l’éducation qui fera revenir les habitants de Mossoul et de Qaraqosh chez eux. Younes en est convaincu : « Une école qui transmet un enseignement de qualité est la clef du retour des chrétiens. Cela dépassera la peur. »

 

La France aux côtés de l’Irak

 

Parmi les édifices détruits se trouve l’école publique de Qaraqosh. Pour HHRO, sa reconstruction était un chantier prioritaire. « Cette école a plus de 100 ans. Je suis moi-même un ancien élève », explique Yousef, « Pour changer le visage et l’avenir de l’Irak, nous devons faire de l’éducation des jeunes notre souci premier. Nous ne connaissons que la guerre depuis 5 générations. La jeunesse doit grandir avec les sciences, l’éducation et la culture. » Unique école publique de la ville, elle permet aux enfants de familles défavorisées d’accéder à l’éducation. Les écoles privées étant onéreuses.

En partenariat avec la région Ile-de-France, la Fondation Saint Irénée et la Fondation Raoul Follereau a financé une partie des travaux. HHRO assure le lien entre les partenaires du projet et le gouvernement irakien. Les travaux de reconstruction de l’école ont débuté en avril 2019 et ce sont achevés pour la rentrée scolaire 2020 malgré la crise sanitaire due à la pandémie Covid-19. Le projet est aussi une belle vitrine pour la France, comme en témoigne la visite de l’ambassadeur de France en Irak, Bruno Aubert, le 15 février 2021.

Lors d’un déplacement officiel en Irak du 28 au 29 août 2021, le président français Emmanuel Macron s’est rendu à la rencontre des différentes communautés d’Irak : chiite, sunnite, chrétienne, yézidie…

En l’église Notre Dame de l’Heure, à Mossoul, au nord de l’Irak, il a notamment rencontré les chrétiens de cette ville martyre et annoncé son intention d’aider à la reconstruction des écoles et de l’aéroport. Une délégation de la Fondation Raoul Follereau, composée de Pierre-Yves Thiébault le président, et Roger Khairallah, le représentant au Moyen-Orient, était présente.

 

 

Roger Khairallah, au micro de RCF, nous explique pourquoi cette visite est importante :