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Au Bénin, plus de 41 500 enfants vivent avec un handicap moteur ou mental, dont la moitié n’a jamais fréquenté l’école. Ce fait est le résultat de l’ignorance des parents et de la grande pauvreté du pays. A Ouidah, une école mobile va au-devant des enfants porteurs de handicap.

 

Si le Bénin a ratifié des conventions internationales visant à protéger et intégrer les personnes en situation de handicap, leur application reste approximative. En 2017, l’UNICEF soulignait dans un rapport l’exclusion de facto des enfants porteurs d’un handicap du système scolaire et de la société. Ce phénomène s’explique par l’inexistence d’aménagements spécifiques pour les enfants handicapés et le trop petit nombre d’écoles spécialisées, qui se situent uniquement dans les grandes villes alors que les besoins sont en zone rurale. Par ailleurs, dans une société béninoise encore très marquée par l’animisme, ces enfants sont une honte pour leurs parents ou une malédiction conduisant ainsi à des abus de violences ou de négligence allant parfois jusqu’à l’infanticide. Même s’il est possible de demander une aide, pour les fournitures scolaires par exemple, au Fonds d’Appui à la Réadaptation et à l’Insertion des Personnes Handicapées, l’UNICEF relève que les parents sont peu soutenus et guidés dans la prise en charge de leur enfant. A Ouidha, une école mobile a été créée il y a un an pour ces enfants exclus afin de les amener vers l’autonomie et sensibiliser les parents au handicap.

Un tricycle à moteur, quelques tables, des chaises… L’école de Ouidah nécessite peu de choses et pourtant elle est un tremplin social pour 18 enfants porteurs de handicap. « Nous sommes partis d’un constat : l’avenir d’une personne handicapée se joue dès l’enfance », explique Jovincia, responsable de l’école mobile. « Dans mes débuts, je travaillais au centre de réadaptation à base communautaire à Ouidah qui réinsère les adultes handicapés, particulièrement les anciens malades de la lèpre. Nous les prenons en charge sur tous les plans : éducatif, sanitaire, économique et social. Si ces personnes avaient eu la chance d’apprendre à lire, à écrire, à compter ou tout simplement d’être stimulées, beaucoup auraient pu avoir un métier et être autonomes. » Au Bénin, les enfants handicapés ne sont pas admis dans les écoles « car les enseignants sont trop réticents à l’idée de devoir s’occuper d’eux. Pourtant, je crois profondément qu’ils ont le droit d’être éduqués », souligne Jovincia. Négligés dans leur famille, ces enfants ne sont pas considérés comme utiles pour la société mais plutôt comme un fardeau. Ainsi, au handicap s’ajoute des retards scolaires importants. « Nos élèves ont entre 6 ans et 22 ans. Dans la classe, nous les répartissons par âge. » L’équipe pédagogique de l’école mobile suit avec attention le parcours et l’évolution de chaque élève. « L’objectif est d’atteindre le plus d’autonomie pour chaque enfants afin qu’ils aient un avenir », précise Jovincia.

Une école inclusive

Le concept de l’école mobile est simple. Chaque semaine, les cours sont donnés chez les familles dans un système de roulement. « Nous allons de maison en maison avec notre tricycle chargé des tables et chaises. Nous venons chercher les élèves le matin et nous les ramenons chez eux le soir. » L’école mobile scolarise les enfants sourds, qui ont des cours le lundi et le mardi, et les enfants avec un handicap moteur ou mental, le mardi et le vendredi. Les enfants sourds suivent le même programme scolaire que celui dispensé dans les écoles publiques. Certains sont en apprentissage pour devenir coiffeur ou vitrier, « nous donnons des cours d’alphabétisation et de langue des signes directement sur leur lieu d’apprentissage », précise Jovincia. Pour la jeune femme, il est très important que les cours se fassent au sein des foyers afin d’impliquer les parents dans l’éducation de leur enfant. « Les parents doivent vraiment se mettre à la tâche. Je vois tout de suite quand ils sont investis ou pas car cela prend du temps de préparer un enfant avec un handicap lourd. Il faut faire sa toilette, lui donner à manger, l’installer sur une chaise pour la classe… Je me souviens d’une famille qui m’a particulièrement touchée. Deux parents qui ont un enfant avec une infirmité motrice cérébrale grave. Ils ne sont jamais en retard et l’enfant est toujours prêt pour l’école. Ce garçon a énormément progressé car les parents se sont investis. »

Jovincia est très proche des enfants.

L’école mobile est gratuite, ce qui a attiré les enfants du village. « Beaucoup de parents n’ont pas les moyens de scolariser leur enfant alors ils viennent suivre des cours avec nous. Notre école est devenue inclusive. Ce qui est une très bonne chose. Mélanger les enfants permet à ceux qui ont un handicap de se dépasser. Ils veulent faire comme les autres. Cette attitude les stimule et les tire vers le haut. »

Après un an d’existence, Jovincia est fière de dire que l’école mobile est un succès. « Les familles continuent de nous accueillir et nous n’avons que des retours positifs. Certains enfants ont beaucoup progressé : leurs problèmes d’orthophonie et de diction se réduisent tandis que d’autres s’investissent dans la vie de la maison en faisant des tâches ménagères. Bref, ils ont gagné en autonomie. »

Un pari réussi donc pour Jovincia qui a découvert le monde du handicap par hasard. « J’ai découvert un monde qui m’était totalement inconnu. Je me suis redécouverte dans ce travail. Je ne me croyais pas capable de m’impliquer autant pour une cause. » Aujourd’hui, Jovincia est plus que jamais engagée pour chacun de ces enfants dont elle connaît l’histoire, les progrès, les problèmes de santé. « C’est comme une famille maintenant. Jamais ne les laisserai tomber. »