Les maladies tropicales négligées cutanées sévissent chez des populations pauvres, dans des zones où l’assainissement, l’accès à l’eau et aux soins sont limités. Autre facteur de risque, lié à la pauvreté : la malnutrition.
Les liens entre l’alimentation et le développement des maladies tropicales négligées sont pointés autant par les soignants – tel le Dr Romuald Assocle au centre de Manikro en Côte d’Ivoire – que par les assistants sociaux – tels soeur Tano Akoua en Côte d’Ivoire ou Blandine Sezonlin au Bénin. C’est pourquoi, dans les centres de traitement de la lèpre et de l’ulcère de Buruli, un soin particulier est donné aux repas des patients : ainsi du centre de Davougon, au Bénin, du centre de Manikro en Côte d’Ivoire, du centre de Kindia en Guinée, ou encore du centre de Marana, à Madagascar.

Au centre de Marana, à Madagascar, une patiente atteinte de la lèpre reçoit son repas. ©Tom Yann
Quand la malnutrition explique les rechutes
Éclairante est en ce sens l’histoire de Jeanne d’Arc, une ancienne malade de la lèpre : celle-ci revenait régulièrement au centre de Manikro (Côte d’Ivoire) avec des réactions de la lèpre : de gros boutons (nodules) sur son corps. Ces nodulesi disparaissaient le temps de son hospitalisation à Manikro, et réapparaissaient à chaque fois qu’elle rentrait au village. Après avoir investigué, le Dr Romuald Assoclé et l’assistante sociale Sr Tano Akoua ont compris que l’alimentation faisait défaut dans son village : « il ne pleuvait pas, les terres ne donnaient plus de récolte, et les habitants n’avaient pas de quoi se nourrir suffisamment. » La Fondation Raoul Follereau va alors aider la jeune femme à lancer une activité génératrice de revenus : une vente de poissons qu’elle conserve dans un réfrigérateur. Depuis lors, Jeanne d’Arc n’est pas reparue au centre de Manikro, elle peut subvenir à ses propres besoins alimentaires et se déclare en bonne santé.

Au centre de Manikro, en Côte d’Ivoire, des repas sont distribués aux patients, parmi lesquels Jeanne d’Arc, depuis décembre 2024. ©Marie-CapucineGaitte
Des menus variés et adaptés
Au Bénin, Louise est l’intendante du centre de traitement anti-lèpre de Davougon. C’est elle qui assure la gestion des stocks alimentaires, notamment les achats de céréales, d’huiles et d’œufs. Dans une pièce aux murs nus, de grands sacs de riz, de soja sont rangés, à côté des bidons d’huile de palme, d’huile d’arachide et de sacs de sel. Au dehors, un homme assis à même le sol, découpe la viande surgelée pour la cuisinière. À chaque jour son menu : « pour le petit-déjeuner, les malades prennent la bouillie de mil le vendredi et le samedi. Les autres jours, c’est la bouillie sucrée de soja. Ensuite on donne du haricot avec du gari, le mardi et le jeudi midi. À midi le poisson, le soir des œufs. C’est très important de varier les menus. La nourriture est le 1er médicament : une bonne alimentation est la base de la guérison du malade à qui on essaie de donner de bonnes habitudes » déclare Louise.

L’apport de protéines varie selon les jours et les lieux : viande, poissons, œufs. ©Marie-Capucine Gaitte
« On gagne de moitié le temps d’hospitalisation ! »
D’un centre à l’autre, l’organisation de l’alimentation des malades de la lèpre est relativement similaire : si le malade vient accompagné d’un proche parent, ce dernier se charge de la préparation de ses repas et reçoit des aliments du centre. Si le malade s’est présenté seul, il est pris en charge par le centre. Enfin, dans certains centres comme celui de Davougon, au Bénin, des vivres peuvent être distribuées aux anciens patients vivant dans une grande indigence, trop âgés ou invalides. Dans tous ces centres, la Fondation Raoul Follereau apporte son soutien financier. L’assistante sociale, soeur Tano Akoua, en Côte d’Ivoire en est convaincue : « quand la personne est bien nourrie, on gagne moitié de temps d’hospitalisation ! Et la personne repart regénérée, avec l’envie de repartir, et elle se sent en bonne santé. »

Au centre de Davougon, au Bénin, une distribution de vivres pour la préparation des repas des patients. ©Marie-Capucine Gaitte