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En poste depuis plus de 10 ans, le docteur Randrianantoandro Andriamira est le coordinateur national de lutte contre la lèpre à Madagascar.

 

 

Où en est la lutte contre la lèpre à Madagascar ?

 

J’ai en charge les activités de lutte contre la lèpre dans le pays en poste depuis 16 ans et coordonne le programme national de lutte contre la lèpre (PNL). Madagascar a atteint le seuil dit d’élimination de la lèpre en 2006. C’est-à-dire que la lèpre n’était plus considérée comme problème de santé publique. Mais cette situation ne reflète pas la réalité de la lèpre à Madagascar. En 2013, Madagascar a été classé par l’OMS parmi les 11 pays endémiques de la lèpre dans le monde, et parmi les 7 pays les plus endémiques en Afrique.

Un malade de la lèpre à Marana, Madagascar. © Marie-Charlotte Noulens

Chaque année, nous dépistons plus de 1200 nouveaux cas de lèpre. Comme pour les autres maladies, ces nouveaux cas sont dépistés de manière passive : ce sont les malades qui viennent aux différents centres de santé pour se « faire consulter » d’eux-mêmes. Mais il s’avère que l’accès aux structures de santé est insuffisant et que face à des symptômes dermatologiques les malades ne se déplacent pas et arrivent donc que très tard aux centres de soins avec des handicaps. Madagascar a mis en place en 2016, avec l’appui de la Fondation Raoul Follereau, un projet d’intensification de l’élimination de la lèpre.

Il faut bien comprendre :  l’élimination annoncée en 2006 était basée sur une détection rapportée à la population totale de Madagascar.  Cependant, nous constatons que 33 districts sanitaires sont encore endémiques. Ce projet d’intensification a donc été mis en place dans ces districts sanitaires ciblés. Ce projet se base surtout sur un dépistage en stratégie avancée. C’est-à-dire une consultation de masse en dermatologie générale dans les villages. Depuis 2016, nous avons remarqué que le dépistage avancé, en plus du dépistage passif, permet d’accroître la détection de cas de lèpre d’environ 10 % et surtout cela renforce la sensibilisation des populations vis-à-vis de la lèpre et de la prise en charge des dermatoses.

La pandémie Covid-19 a ralenti le dépistage  car durant cette période, les centres de santé étaient dédiés au Covid-19.

En conclusion, nous pouvons dire qu’en 2022, la lèpre constitue toujours un problème de santé publique à Madagascar, surtout dans les districts endémiques. Nous observons une diminution du nombre de cas de lèpre dépistés à des stades très avancés.

 

 

A quelles difficultés êtes-vous confronté et comment les dépasser ?

 

Pour le Programme Nationale de lutte contre la Lèpre, il est nécessaire de maintenir cette stratégie de dépistage avancé dans quelques districts sanitaires puisque, par manque de budget, nous ne pouvons pas faire la même chose dans tous les districts. En termes de réussite, nous pouvons dire que nous avons dépisté des cas mais nous pouvons encore en dépister beaucoup plus ! Il y a des difficultés qui nous bloquent notamment l’accessibilité à Madagascar, le manque d’accès aux soins des malgaches plus les problèmes liés à la lèpre à savoir l’exclusion, la honte, la peur. Tous ces problèmes, dans quelques districts sanitaires, empêchent les malades de se présenter aux centres de santé et ceci même pendant les séances de dépistage avancé que nous organisons. Il faut renforcer le dépistage avancé à travers le « porte à porte », par exemple, pour aller plus loin dans les villages. Il nous faut aussi accroître la surveillance de tous les cas contacts et mobiliser les anciens malades pour sensibiliser leur famille et la communauté locale. L’accès aux populations reste un problème majeur auquel on peut y ajouter le manque de financements, qui ne nous permet pas de mener toutes les activités.

 

Quelles sont vos réussites ?

 

Une jeune femme réalise ses auto-soins au centre de Marana. © Marie-Charlotte Noulens

 

 

Nous pouvons dire qu’il y a une meilleure prévention des invalidités : la lutte pour prévenir des invalidités est en marche. En septembre, nous avons pu organiser une formation nationale pour les responsables de ces centres spécialisés dans le diagnostic et la prise en charge des complications de la lèpre. C’est vraiment un point positif. Les centres de santé privés travaillent en étroite collaboration avec le ministère. Tout ce qui est compétence, équipement, médicaments, viennent du PNL. Ces centres sont aussi appelés à effectuer d’autres activités du PNL.

Mais à travers tout cela, il faut renforcer la sensibilisation de la population qui constitue un facteur essentiel puisque l’ignorance fait toujours blocage. Il y encore des Malgaches qui pensent que la lèpre est due à une cause surnaturelle et du coup, ils vont consulter les tradipraticiens. Nous essayons donc de collaborer avec ses tradipraticiens en les formant pour que, au moins, ils puissent référer les cas de dermatoses et plus précisément les cas de lèpre vers les centres de santé. Mais d’un point de vue général, il faut renforcer la compétence de nos agents de santé. Cependant, nous n’y arrivons pas toujours à cause de l’insuffisance budgétaire et l’insuffisance d’intégration avec d’autres programmes de ces activités.

A Madagascar, si nous voulons renforcer la lutte, il est toujours nécessaire d’avoir un budget complet et suffisant. En ce sens, je remercie la Fondation Raoul Follereau qui, jusque-là, est notre partenaire fidèle dans la lutte contre la lèpre.