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Du Nord au Sud, nous sommes allés à la rencontre des directeurs et directrices d’écoles chrétiennes en danger de fermeture. Aujourd’hui, découvrez l’école de Baskinta, dans la chaîne du Mont Liban, à l’Est de Beyrouth. Sœur Marie, la directrice, appelle les jeunes à ne pas fuir face aux difficultés.

 

Dans le village de Baskinta, au Nord Est de Beyrouth, sur les hauteurs des montagnes libanaises, l’été semble ne pas vouloir quitter le Liban. Sœur Marie reçoit dans la fraicheur d’une pièce attenante à la chapelle de l’école. Depuis 1904, elle accueille les enfants musulmans et chrétiens de la région montagneuse du Metn.  Un modèle d’intégration et de vivre-ensemble qui pourrait disparaître à plus ou moins long terme.

 

Un déficit qui se creuse

 

Depuis le début de la crise économique et financière, plus de 50% de la population libanaise vit sous le seuil de la pauvreté et 350 000 personnes ont perdu leur travail. « Dans notre école, nous avons une majorité d’enfants d’agriculteurs qui ont un très faible revenu. Cette année, nous avons perçu seulement 54 % des frais de scolarité », explique la directrice. Certaines familles sont littéralement dans la survie.  « Le nombre d’enfants inscrits à l’internat a augmenté cette année : les parents ne parviennent plus à leur donner à manger », déplore sœur Marie. Les écoles privées compensent depuis plusieurs mois au point de se trouver en déficit et de compromettre la rentrée. Depuis le mois de février, les professeurs sont payés une moitié de salaire. Un phénomène qui n’est pas marginal puisque le secteur privé emploie 60 % des professeurs du pays. « Ce sont aussi des personnes issus d’un milieu modeste », précise sœur Marie. A cela s’ajoute les lourdes conséquences de la loi 46 sur les finances des écoles libanaises. En 2017, les députés votent l’adoption d’une loi visant à revaloriser les salaires de professeurs de l’ordre de 6 échelons ce qui correspond à une augmentation de 40% de leur salaire. Un lourd fardeau financier pour les écoles à bout de souffle.

La rentrée scolaire est aussi marquée par d’autres incertitudes : celles des mesures sanitaires obligatoires pour lutter contre la propagation de la Covid-19. Achats de désinfectants, masques, thermomètres…

 

 

« Nous voulons une vie digne »

 

La date de rentrée scolaire a été fixée par le gouvernement au 28 septembre. Mais les écoles vivent dans l’inconnu : auront-ils suffisamment d’enfants inscrits ? Pourront-ils adapter l’enseignement à la crise sanitaire ? « Nous sommes dans le flou. Les décisions d’aujourd’hui ne seront plus valables demain », affirme la directrice.

Le gouvernement a annoncé la mise en place de cours hybrides c’est-à-dire que les élèves alterneront entre les cours en ligne et ceux à l’école. Cette stratégie est un immense défi pour la direction. « Nous avons des élèves issus de familles modestes qui n’ont qu’un seul ordinateur ou smartphone pour tous les enfants. Quelles solutions pour les familles nombreuses avec plusieurs scolarités à charge ? Par ailleurs, le réseau internet et électrique est de très mauvaise qualité avec une succession de coupures dans la journée », déplore sœur Marie, « les décisions du gouvernement sont contre une vie digne et ça nous révolte. Avec la crise multiforme, en plus de la double explosion de Beyrouth, le gouvernement nous a transformés en mendiants. Ce qui je souhaite pour les écoles chrétiennes mais aussi pour tous les Libanais, c’est de pouvoir être autonomes et de vivre dignement. » Le système de cours en ligne met les écoles dans une position délicate. Les familles ne veulent pas payer des frais de scolarité si leur enfant n’est pas à l’école. « Pourtant, il y a un énorme travail des professeurs pour faire ces leçons », précise sœur Marie.

L’école vit dans l’incertitude mais continu d’avancer, consciente de ses responsabilités envers les familles de la région. A ses yeux, face à ce tableau noir, la pire des choses seraient de baisser les bras.

 

« Nous ne devons pas fuir »

 

L’école de Baskinta accueille des enfants issus d’un milieu modeste. © Antonin Burat

Face à ces multiples crises, on estime qu’environ 100 000 Libanais ont quitté le territoire dont beaucoup de chrétiens. « Nous formons les jeunes qui rebâtirons demain le Liban. Pour cela, nous devons leur apprendre à assumer leurs responsabilités, à ne pas fuir devant les difficultés. » Un raisonnement avec lequel la religieuse souhaite être en cohérence. « Il y a des besoins immédiats mais nous devons penser stratégique pour ne pas sombrer. Pour cela, nous devons changer de mentalité et arrêter de mendier tout le temps », affirme sans détour sœur Marie. Un discours peu commun. « Mon rêve, c’est de vivre dans un Liban digne. Nous ne devons pas laisser tomber le combat pour cette dignité. Jésus était le premier révolutionnaire. Le plus grand péché pour un chrétien, c’est d’avoir peur. »

Les écoles chrétiennes accueillent des familles moyennes et pauvres, offrent un meilleur niveau scolaire que dans le public notamment en français et en sciences, préparent mieux à un avenir universitaire et transmettent une éducation patriotique et non confessionnelle, aux garçons et aux filles. Près de 23% des élèves des écoles catholiques ne sont pas chrétiens. Des écoles chrétiennes dépendent l’équilibre fragile entre les communautés du Liban. Elles sont les seules institutions à garantir la mixité et le dialogue entre les confessions. Ainsi, dans les écoles au Nord, à majorité sunnite, dans les écoles du Sud, à majorité chiite ou encore à l’Est en région druze, les élèves apprennent à s’aimer tels qu’ils sont.

 

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