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Traversé par des guerres civiles depuis son indépendance, le Congo subit une profonde crise économique à l’origine d’une explosion de la pauvreté. Les femmes et les enfants en sont les premières victimes.  Sœur Anna, fondatrice du Mouvement pour la Vie (MPV) créé en 1997 entre deux guerres civiles, leur vient en aide.

 

Nous sommes à la fin des années 90. Dans les couloirs du service de réanimation pédiatrique du CHU de Brazzaville, sœur Anna, infirmière, est affairée à son bureau. Dans l’entrebâillure de la porte, elle aperçoit une femme enceinte, errant l’air hagard. « Je lui ai demandé si je pouvais l’aider », se souvient la sœur. En lui montrant son ventre arrondi, la jeune femme lui répond : « aide-moi à me débarrasser de ça… »  Face à la détresse de cette femme, sœur Anna lui propose un autre soutien : l’aider à garder son enfant et lui donner un avenir. « Elle m’a raconté les drames de sa vie. Je lui ai payé ses consultations prénatales. » En Afrique, les prénoms sont choisis en fonction des circonstances de la naissance. « Elle a appelé son enfant Nanitellami, ce qui signifie : ‘‘en toi seul j’ai pu raconter ma peine’’ », se souvient la religieuse avec émotion. A partir de cette rencontre et de plusieurs autres du même ordre, sœur Anna décide de lancer un mouvement d’aide aux femmes enceintes en détresse.

 

Une maternité spirituelle de 4 000 enfants

 

La veille des élections, après une intervention remarquée à la Journée internationale des mass médias, sœur Anna lance un appel : « Vous les grands-mères qui tuez les enfants, je vous le dis : un pays sans enfants est un pays moribond. » Une trentaine de collègues de la religieuse sont présents, médecins, sages-femmes, infirmiers et proposent leur aide pour défendre la vie. « C’est comme cela que nous avons créé le Mouvement Pour la Vie. » Le MPV apporte une assistance médicale aux mères et nouveau-nés, scolarise leurs enfants et accompagne dans le temps les mères en leur proposant des formations pratiques. « Il y a cinq points d’écoute dans Brazzaville pour les femmes enceintes en détresse », précise sœur Anna, « nous leur offrons la consultation prénatale et les soins si elles ont des difficultés dans la gestation. » A chaque point d’écoute se trouve un ou une yaya. Ces personnes accompagnent et écoutent les femmes qui viennent grâce au bouche à oreille. Beaucoup des femmes yayas ont vécu le même parcours que celles qui viennent se confier le temps d’une heure. « Elles réalisent ensuite des enquêtes pour vérifier la véracité de leurs propos et tentent de retrouver le père de l’enfant. » Depuis la création du MPV, ce sont 5 200 femmes qui ont été aidées.

Dans les débuts du mouvement, pendant les guerres civiles, ces femmes étaient souvent des victimes de viol et avaient 15 ou 16 ans. « Maintenant, la moyenne d’âge des femmes que l’on aide est un peu plus élevée. Elles sont âgées de 17 ou 18 ans… » En plus des viols, la guerre a engendré l’augmentation de nouveaux cas de malnutrition infantile. Une fois par mois, sœur Anna rassemble les femmes dans un local en centre-ville afin qu’elles reçoivent des formations socio médicales sur divers sujets : la nutrition infantile, la vie, l’amour, le corps, la santé etc. « Nous faisons appel à des intervenants à chaque fois. Elles sont une centaine de mamans à venir. Ces femmes sont toutes battantes qui veulent se frayer un chemin dans la vie. Nous essayons de leur en donner les moyens. »

La religieuse a un autre combat : sortir les enfants de la rue. Exposés à tous les dangers comme la drogue, le vol, la violence, ces enfants doivent être scolarisés pour s’en sortir dans leur école de quartier. La Fondation Raoul Follereau finance leur scolarité. Au Congo, il n’existe pas d’école maternelle publique.

 

Lutter contre la mort

 

A ce jour, le Congo traverse une profonde crise économique. La pauvreté explose. « En quarante-cinq ans, au Congo, je n’ai jamais vu une crise aussi grande. Les retraites ne sont pas payées depuis des mois, le personnel de l’hôpital non plus[1]. », déplore sœur Anna, « ils viennent travailler pourtant ! » C’est le cas d’Antonin, préparateur en pharmacie dans un hôpital du gouvernement. « Antonin est notre fierté », affirme sœur Anna avec un sourire, « ce garçon a la drépanocytose. Je l’ai rencontré enfant au service de réanimation. Sa mère l’avait surnommé Koufalobi, ce qui veut dire : ‘‘tu meurs demain’’. » Le MPV l’a pris en charge et soutenu tout au long de ses études. Aujourd’hui, le jeune homme a une trentaine d’années et « un cœur très noble. Il sait qu’à cause de sa maladie, il ne vivra pas vieux mais il est très courageux. » Aux yeux d’Antonin, la religieuse lui a donné l’envie de vivre.

La mort est une vieille ennemie pour sœur Anna. Toute sa vie n’est qu’une lutte contre elle. « J’ai commencé à travailler en RDC comme infirmière, à l’hôpital de Brazzaville. Les médecins militaires français m’ont tout appris des spécificités de la réanimation pédiatrique. » Au quotidien, la religieuse espagnole arrache des enfants à la mort. Le regard brûlant, elle lance : « Je suis farouchement convaincue de la valeur de la vie. » Une conviction qui se ressource dans la prière et la confiance en Dieu. Au regard de la vie de la religieuse espagnole, la création du MPV se révèle être une évidence. « Dans toute cette misère qu’on brasse, je ne suis que vos mains », affirme sœur Anna à la Fondation Raoul Follereau en citant ensuite un proverbe africain, « on ne bat pas un tam-tam avec un seul doigt ».

[1] A la date de l’entretien avec sœur Anna, le 15 mai 2019.