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Tuan Leblanc se considère comme un autodidacte. Ce quadragénaire infatigable a lancé le projet de sa vie : celui d’ouvrir un restaurant vietnamien. Face aux difficultés financières et habitant une région sinistrée par le chômage, il a pu être aidé par la Fondation Raoul Follereau.

 

Au bout de l’étroit couloir qui forme sa cuisine, Tuan agite frénétiquement son wok d’où s’échappent de hautes flammes dans le grésillement des légumes. Au-delà de délicieux mets faits maison, c’est aussi une victoire qu’il savoure aujourd’hui. Il y a six mois, Tuan a pu ouvrir son restaurant vietnamien et bar à vin dans la petite ville de Vervins, située dans l’Aisne. « J’ai grandi ici ! On peut dire que c’est une zone sinistrée… », lance le père de famille à travers la fumée que dégagent les nouilles sautées. Ce projet, il le mûrit depuis huit ans. De longues années jalonnées d’espoir et de doutes, de passions et d’abandons, pour finalement se lancer dans l’aventure et « sortir de sa zone de confort » comme il aime à le répéter. Pourtant, rien n’a été simple.

 

 

A la recherche de son histoire

 

« Ce n’est pas par hasard si j’en suis arrivé là », précise Tuan. Le projet du cuisinier tire sa source d’une histoire marquée par la guerre. « A l’âge de deux ans, j’ai dû fuir le Vietnam à cause de la guerre puis j’ai été adopté. Je suis parti en avion donc j’ai eu la chance d’éviter les boat people… », à ces mots, la voix de Tuan devient un murmure. Grâce à la cuisine, il tente de combler les vides de son histoire, écrire une page restée trop longtemps blanche. « Je dis souvent à ma fille que je ne peux pas lui raconter mon histoire, car moi-même, je ne la connais pas. En revanche, je peux lui raconter l’histoire du Vietnam à travers la cuisine. » Tuan est un autodidacte et a tout appris seul. Comme en témoigne son parcours professionnel, aussi riche que diversifié. D’abord commis de cuisine à 20 ans, il travaille ensuite dans le secteur social et obtient un certificat de moniteur éducateur. Il se forme ensuite à l’horticulture et travaille pendant dix ans comme jardinier paysagiste. Puis, il y a huit ans, il renoue avec ses rêves de jeunesse et met toute son énergie à la création de projet, celui d’ouvrir un restaurant vietnamien qui fasse aussi bar à vin. « On m’a pris pour un extra-terrestre ! C’est le seul bar à vin de la ville. Je l’accompagne de planche avec des spécialités vietnamiennes. C’est plutôt attractif. Dans cet optique, j’ai obtenu un diplôme de sommelier et conseiller en vin dans une école à Paris. »

 

Une aide bienveillante

 

Le restaurant, appelé « Monsieur Tuan », est situé au rez-de-chaussée d’un petit immeuble de Vervins, acheté des années plus tôt par Tuan et son épouse. Clin d’œil de l’histoire, ce lieu a toujours été un restaurant depuis les années 1900 sous le nom du « Café de Paris ». Il fut longtemps laissé à l’abandon avant que Tuan n’en fasse l’acquisition. « Lorsque j’ai proposé mon projet à la Maison Des Entreprises de Thierache et de la Serre, ils m’ont demandé si j’avais un apport d’argent. Question fatale ! Je ne n’en avais pas suffisamment. Je suis rentré chez moi en me disant que ça allait être vraiment difficile », se souvient Tuan. Ce dernier ne baisse pas les bras. Il devient manutentionnaire à l’usine LVMH de Vervins. « Six mois avant d’ouvrir mon restaurant, j’étais à l’usine ! » Parallèlement, il cuisine pour des amis et récolte un peu d’argent pour financer des petits travaux dans son restaurant. « J’ai tout fait moi-même, du sol au plafond, même le jardin au fond de la salle. » La pandémie Covid-19 met un frein à son projet. Sur les conseils d’un ami, il lance une cagnotte en ligne pour continuer ses travaux. « J’étais gêné de demander de l’argent aux gens à cette période. Alors pour les remercier, j’ai offert un repas. Cela m’a remis le pied à l’étrier. »

L’humilité et la gentillesse sont deux qualités saillantes chez Tuan. Ce dernier ne travaille qu’avec des produits locaux. « Tout a augmenté à cause de l’inflation mais je tiens à ma parole et j’achète mes matières premières localement. Nous avons tout à gagner à jouer le jeu de la solidarité et puis il y a de l’éthique derrière ce métier, du social et de l’humain. On ne doit pas mentir aux consommateurs. »

Face aux difficultés financières, Tuan a fait appel à la Fondation Raoul Follereau : « quand je leur ai présenté mon projet et les subventions que j’avais déjà obtenues, ils ont cru en moi. Ils m’ont tout de suite et accompagné avec beaucoup de bienveillance. » La Fondation Raoul Follereau, après l’étude de son dossier a accordé à Tuan une subvention de 6 000 euros afin de l’aider à financer, entre autres, son matériel de cuisine. « C’est une aide que je n’oublierai jamais. Le moment venu, j’aimerais bien les remercier à ma façon. De plus, par rapport à mon histoire, les projets que mène la Fondation Raoul Follereau me parlent beaucoup. »

 

Tuan Leblanc dans son restaurant. © Marie-Charlotte Noulens