Dans les pays soutenus par la Fondation Raoul Follereau, plus de 20 % des personnes atteintes de lèpre sont diagnostiquées à un stade tardif, alors que des infirmités irréversibles des mains, des pieds ou des yeux sont déjà installées. À ce stade, le traitement antibiotique ne suffit plus. La chirurgie reconstructrice devient essentielle pour corriger les paralysies, prévenir les ulcérations chroniques et restaurer des fonctions vitales. Elle redonne mobilité, autonomie et dignité.

Mais cette chirurgie ne peut être une intervention ponctuelle, dépendante de missions extérieures. Trop souvent, les équipes locales ne disposent ni de la formation spécialisée ni des plateaux techniques adaptés pour traiter certaines complications complexes. Le manque d’équipements spécifiques complique certains actes reconstructeurs. La rotation des personnels fragilise la continuité des compétences. L’isolement professionnel limite l’accès à l’actualisation des connaissances. Le financement irrégulier entrave la planification à long terme.
L’enjeu est donc stratégique : seule la transmission structurée de compétences aux chirurgiens locaux garantit une prise en charge durable des séquelles, limitant les handicaps permanents et l’exclusion sociale.

Former, ce n’est pas seulement transmettre un geste technique. C’est partager une méthode, un raisonnement clinique, une capacité d’adaptation aux contextes à ressources limitées. C’est permettre à un praticien de devenir autonome, puis formateur à son tour. Dans cette perspective, les formations en compagnonnage demeurent la stratégie la plus pertinente et la plus pérenne. Un chirurgien expérimenté intervient aux côtés des équipes locales, opère avec elles, explicite chaque indication, chaque décision peropératoire, chaque suivi post-opératoire. L’apprentissage se fait au bloc, au contact direct du patient, dans la réalité du terrain. L’objectif est clair : créer une dynamique d’excellence locale, ancrée dans la durée.

La mission de prise en charge des séquelles de la lèpre et de l’ulcère de Buruli réalisée au Bénin, en décembre dernier, par le Dr Michel-Yves Grauwin illustre pleinement cette vision. Conduite aux côtés du Dr Odry AGBESSI première spécialiste en chirurgie plastique et reconstitutive au Bénin, elle incarne cette dynamique de transmission. Engagée, exigeante, investie dans le développement de son expertise, elle représente cette génération de praticiens capables d’ancrer durablement l’excellence chirurgicale au plus près des patients et de leurs communautés.

Bénévoles, partenaires, donateurs, votre engagement rend possible cette chaîne de solidarité. Aider les autres à vivre, c’est leur permettre d’agir, de travailler, de marcher, de se projeter à nouveau dans l’avenir. Transmettre pour réparer, transmettre pour durer : telle est notre responsabilité collective.

docteur Roch Christian Johnson

Directeur médical, Fondation Raoul Follereau