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Madeleine Follereau a été le pilier sur lequel s’appuyait son époux, Raoul Follereau, pour son combat contre la lèpre. Souvent décrite comme une femme discrète, son rôle est au-delà d’un simple présence bienveillante. Une de ses parentes nous livre un texte lumineux qui aide à comprendre qui était Madeleine Follereau.

 

 

C’est en sortant du petit cimetière d’Auteuil, où l’on venait de l’enterrer auprès de son mari, que j’entendis derrière moi : « Oh ! c’était une femme toute simple, on n’a rien à dire sur elle… »

Oui, Madeleine était une femme toute simple, et elle a retrouvé son époux Raoul Follereau pour l’éternité. Et pourtant…

Ils s’étaient rencontrés le 11 novembre 1918, jour de l’Armistice, Tous deux vendaient ce jour-là, des bouquets tricolores dans les rues de Nevers en faveur des victimes de la guerre. Ils étaient déjà sur les routes de ‘la charité. Très vite, ils comprirent qu’ils traverseraient la vie ensemble. Ils avaient alors trente ans… à eux deux.

Dès le 22 Juin 1925, ayant au cœur un grand rêve à réaliser, Raoul et Madeleine vont affronter la vie à deux, illustrant avant même qu’elle soit écrite, l’affirmation de Saint Exupéry : “S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction.” Dans leur petit appartement du 16, rue Claude Terrasse à Paris, le jeune ménage reçoit de nouveaux talents littéraires qui, avec Raoul déclament pendant que Madeleine leur mijote des petits plats. Ils sont heureux. Mais leur préoccupation dominante demeure toujours la misère du monde. Raoul a l’esprit et le verbe Madeleine l’encourage et l’écoute. Raoul écrit : “Il ne manque qu’une chose à mon bonheur, c’est de le voir à toute la terre, étendu.”

Madeleine et Raoul vont parcourir le monde… En 1929, ils furent les premiers passagers civils des temps héroïques de l’Aéropostale, en Amérique du Sud. Un jour, pressés de franchir la Cordillère des Andes, ils embarquent sur un “Potez 25” ultra-léger, avec Jean Mermoz aux commandes, comme il n’y a que deux places dans l’avion, Madeleine voyagera assise sur les genoux de son mari !… Cette prouesse sportive et, insécurisante, est bien rare pour les femmes de cette époque !

En 1939, lorsque Raoul est mobilisé, Madeleine reste à Paris où elle assumera les responsabilités du bureau des Fondations Charles de Foucault (créées par Raoul en 1937), et ce jusqu’à la veille de l’investissement de la capitale où, le désespoir et la rage au cœur, elle partira connaissant l’exode et les bombardements “sur les routes de France. En 1940, lorsqu’elle retrouve Raoul, ils doivent se cacher, celui-ci ayant écrit des articles sur “Hitler, Visage de l’Antéchrist…” La France vaincue se débattait dans les angoisses morales et matérielles. Madeleine et Raoul organisent des réunions où il prêche “L’heure des Pauvres”, recueillant des dons qu’ils distribuent. Madeleine participe pleinement, donnant d’elle-même, totalement agissante.

Dès 1943, Raoul se fait le défenseur des lépreux et commence les 1200 conférences pour la construction d’Adzopé. Mais, il leur fallait aller se rendre compte sur place, afin de pouvoir, en connaissance de cause, alerter l’opinion de façon efficace, et prendre les mesures qui s’imposeraient pour ceux dont ils veulent être les défenseurs.

Durant un demi-siècle de courses harassantes, levés dès l’aube, survolant parfois 700 km d’une seule traite dans de petits avions pour atteindre les léproseries du bout du monde, dans la chaleur, les insectes, Madeleine supporte tout, les odeurs, les visions d’horreur, elle accepte tout. Les départs grelottants, les escales torrides, les pannes d’avion, les accidents d’auto, la panthère qui attendait Madeleine dans un bled du Zambezie, prête à bondir, et ce boa qui louchait un peu trop indiscrètement de son côté dans une forêt du Brésil, Madeleine est-toujours là… Les millions de km parcourus en avion, par le train, en bateau, en jeep, en pirogue, à dos de chameau, Madeleine est présente aux côtés de Raoul. Durant trois jours portés disparus au Sahara, la terre qui tremblait sous leurs pieds au Chili, en Iran, au Mexique, et leur petit canot en panne, la nuit au milieu de l’Amazone, où Madeleine et Raoul durent pour atteindre la rive, ramer… avec des boites de conserve… Madeleine endure tout. Les hommes sans visage, les petits enfants s’agrippant à elle, qui accepte tout, qui écoute tout, et qui continue de sourire. Sourire, même quand on est exténué. Ils ont tant de joie… Ce ‘petit Pierre de 15 ans, chassé du collège de cette grande ville d’Afrique, renvoyé de sa famille qu’ils trouvèrent dans ce camp de misère et de désespoir où il avait perdu l’usage de la parole, Madeleine l’entoura de ses bras et le réconforta si longtemps, si longtemps avant qu’un premier sourire illumina ce lépreux visage… Cette fête où elle assista, quatre mômes sur ses genoux et un cinquième essayant d’y grimper… Et ces léproseries infectes où Madeleine, la première, s’avançait vers les enfants afin de mettre en confiance ces lépreux, ces parias de l’histoire pour les considérer comme les autres hommes !

La fatigue ! Madeleine avait deux ans de plus que Raoul, elle aussi y a usé sa vie.

Raoul Follereau disait : “La plus grande chance de ma -vie, ce fut de rencontrer ma femme ! “

Peu après la mort de son époux, elle quitta leur appartement du 46, rue du capitaine Delestraint à Paris, pour vivre dans une maison de repos à Maisoncelles en Brie, au Paraclet où vécut Abélard, quel symbole !

En cette semaine où l’on fêta la Journée de la Femme, Madeleine Follereau a disparu. Une femme toute simple.

Fait à Amouville, le 20 mars 1991