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Depuis l’époque des grandes endémies de l’ulcère de Buruli, les recherches sur la bactérie à l’origine de la maladie ont énormément avancé. Ces progrès sont le fruit d’une grande aventure scientifique menée par des chercheurs passionnés et engagés. De la vallée de la Loire aux rivages de l’Ouémé, les équipes travaillent de pair par-delà les frontières.

 

« Lorsque l’on mène des recherches sur l’ulcère de Buruli, il faut aborder la maladie dans sa globalité : l’hôte, la bactérie et la réponse du corps face à l’infection. » Le professeur Estelle Marion est chef d’équipe Inserm ATOMyCa au CHU d’Angers. « Nous sommes une équipe de sept personnes à travailler sur Mycobacterium ulcerans, la bactérie à l’origine de l’ulcère de Buruli : quatre chercheurs, quatre personnels technique et trois étudiants en thèse. » C’est ici, dans le laboratoire du CHU d’Angers, que les avancées scientifiques les plus déterminantes ont été réalisées sur l’ulcère de Buruli. Un travail en perpétuel évolution qui est possible grâce à son partenariat avec le centre de diagnostic et de traitement de l’ulcère de Buruli (CDTUB) de Pobé, au Bénin.

Lire aussi >>> Les recherches sur l’ulcère de Buruli progressent

Tout commence à la fin des années 80. L’ulcère de Buruli, surnommée par l’OMS la « maladie mystérieuse », fait des ravages en Afrique de l’Ouest. Face à cette endémie, les gouvernements béninois et ivoirien demandent de l’aide à la Fondation Raoul Follereau (FRF) en 1995. La Fondation s’engage alors aux côtés de l’OMS et des programmes nationaux de lutte contre l’ulcère de Buruli à la suite de la conférence de Yamoussoukro, en 1998. Avec le concours de sa Commission scientifique et médicale, la FRF met en place une stratégie : l’appui à la prise en charge des malades et son amélioration, le soutien à la recherche et la sensibilisation. A la demande du Ministère de la Santé béninois, un CDTUB est construit en 2004, à Pobè, sous la supervision du docteur Annick Chauty, médecin de la FRF. Le centre se compose de deux salles de consultations, d’un service d’hospitalisation, d’un laboratoire et d’une salle de chirurgie.

 

« Il faut savoir être débrouillard ! »

 

Le professeur Laurent Marsollier est l’un des premiers chercheurs à avoir travaillé sur l’ulcère de Buruli. © Marie-Charlotte Noulens

Dans ce contexte, deux chercheurs, les professeurs Carbonnelle et Grosset, de la commission médicale de la FRF, développent une antibiothérapie sur un modèle de laboratoire. Ce traitement est un point fondamental dans la prise en charge des patients. Il est composé d’une association de Streptomycine et de Rifampicine. Avant cette découverte, seule la chirurgie permettait de combattre la maladie. C’est à cette époque qu’un jeune doctorant, Laurent Marsollier, demande au professeur Carbonnelle de diriger sa thèse sur l’ulcère de Buruli et particulièrement sur les essais thérapeutiques des lésions liées à l’infection. « Sa première réaction fut de refuser », se souvient le professeur Marsollier, « mais j’ai tellement insisté qu’il a fini par céder ! » Installé dans le laboratoire du CHU d’Angers, Laurent Marsollier est l’un des pionniers de la lutte contre l’ulcère de Buruli. Cheveux en bataille et large sourire, le quarantenaire se souvient de ses débuts. « A cette époque, je voulais démontrer que la bactérie se transmettait par inoculation via les punaises d’eau. » Pour cela, le jeune chercheur va pêcher des punaise d’eau en Mayenne et creuser des petites marres dans son jardin. « En recherche, il faut savoir être débrouillard ! », affirme le professeur Laurent Marsollier avec un sourire. Ces expériences l’ont conduit jusqu’en Côte d’Ivoire, pendant la période de troubles puis au Bénin. « Il fallait que je récupère des échantillons. Je ne suis pas forcément un grand baroudeur mais cette période, c’était vraiment l’aventure. » Sur les conseils des professeurs Carbonnel et Grosset, le CDTLB a été implanté au Bénin dans la zone où le plus de cas d’ulcère de Buruli ont été dépistés. Depuis, une équipe de recherches s’est formée à Angers et à Pobé pour lutter contre la maladie. Ensemble, les deux équipes ont réalisé un travail qui ne cesse de porter des fruits.

 

Avancée des recherches

 

« Depuis quelques années, nous avons constaté une baisse de l’incidence de la maladie en Afrique », explique le docteur Estelle Marion, « nous ne pouvons pas l’expliquer mais plusieurs pistes sont envisagées : l’amélioration des conditions sanitaires, la réalisation de plus en plus de forages et donc d’eau potable disponible. Il y a une corrélation : plus de nouveaux puits et moins de nouveaux cas de la maladie. » Une étude est menée au Bénin pour démontrer cette hypothèse. « J’encadre un étudiant en thèse béninois à Pobé qui réalise une étude prospective sur ce sujet. »

Derrière sa paillasse, Marie, doctorante de l’équipe du docteur Marion, manipule avec précision des échantillons de la bactérie. « Je travaille sur une étude qui a débuté il y a six ans sur la réponse immunitaire de l’organisme face à la toxine », explique la jeune femme tout en contrôlant sa pipette.

Marie, une jeune doctorante, réalise des recherches sur l’ulcère de Buruli. © Marie-Charlotte Noulens

« La bactérie produit une toxine qui désinhibe la peau et donc la sensation de douleur. C’est pour cette raison que les malades ne souffrent pas des ulcères. » Au cours de ces recherches, il a été démontré que la toxine n’agit pas sur tout le corps mais localement. « C’est aussi cela la recherche, on part dans une direction et on trouve des résultats qui seront utiles pour un autre sujet ! », souligne le professeur Marion. Le prochain objectif pour la jeune professeur ? Comprendre pourquoi certains patients cicatrisent spontanément en Australie. « Il existe un modèle de cicatrisation spontanée. Des anticorps sont capables de reconnaître et de neutraliser la toxine localement. » L’équipe de Pobé est aussi sur le coup puisqu’elle fournira des coupes de peau permettant de réaliser les expériences. Si les deux équipes parviennent à trouver des anticorps antitoxine de la bactérie, « nous aurons peut-être un nouvel outil pour établir un diagnostic rapide », conclut le professeur Estelle Marion. Une avancée de plus dans le soin apporté aux malades.