Rencontres, écoute, information, échanges : Fatim Sadikou sillonne les villages des dix districts de Côte d’Ivoire où la lèpre reste endémique pour sensibiliser les femmes à la maladie, mais aussi à l’hygiène, à l’accès à l’eau et à la santé. Reportage dans le district de Soubré.

 

Sous le vieux manguier, à quelques mètres de la maison du chef du village de Gadago, dans le district de Soubré, une cinquantaine de femmes assises en cercle écoutent attentivement l’animatrice. « Ici la parole est libre, chacune peut s’exprimer dans sa langue, c’est vous les femmes qui véhiculez les messages rapidement » lance-t-elle avec conviction. Fatim Sadikou intervient dans le cadre des projets 360 mis en œuvre par la Fondation Raoul Follereau, aux côtés du Programme national d’élimination de la lèpre. Des projets qui associent dépistages, prévention et amélioration de l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement.

Écouter avant d’informer

Tour à tour les femmes s’expriment, qui en malinké, qui en mossi, baoulé ou encore dioula. Chacune fait part à Fatim des difficultés qu’elle rencontre dans son travail, avec ses enfants malades, ou pour trouver de l’eau potable. Un forage et une pompe ont été réalisés au centre du village par la Fondation Raoul Follereau. Mais dans les hameaux voisins, les femmes parcourent encore plusieurs kilomètres pour trouver de l’eau dans des marigots, ces étendues d’eau entourées d’herbes. Derrière le groupe, un puits à ciel ouvert creusé à main d’homme rappelle aussi les risques de contamination liés à une eau mal protégée.

Fatim écoute chacune, donne des explications : comment protéger l’eau puisée ? pourquoi se laver les mains avant de préparer les repas ? quels sont les premiers signes de la lèpre ? qu’est-ce que l’ulcère de Buruli ? À chaque question, les femmes répondent, racontent leur expérience. L’animatrice rectifie une idée reçue, prend à partie et fait rire l’assemblée. La sensibilisation passe aussi par tous ces échanges.

« Avant l’arrivée de la pompe qu’a installée Follereau, on allait dans les sources, on marchait dans les marigots et on tombait malades, nos enfants avaient la diarrhée, nos corps nous grattaientFatim est venue nous donner une formation à l’école pour prendre soin de notre peau, pour éviter les maladies » exprime Marie-Rose. D’une cinquantaine d’année, au franc parler, Marie-Rose est responsable du comité eau et hygiène mis en place dans le village de Gadago, un rôle qui lui tient à cœur. Chaque jour, elle ouvre la pompe, veille au bon usage et à son entretien. La rencontre s’achève, clôturée d’applaudissements. Fatim enfourche sa moto flanquée d’un logo Follereau. Direction le prochain village, Seribouo.

Fatim informe aussi sur les maladies tropicales négligées cutanées ©FRF Marie-CapucineGaitte

Connaître les langues locales pour échanger avec tous ©FRF Marie-CapucineGaitte

« Il faut aimer les communautés »

En chemin, Fatim salue les femmes se dirigeant vers les rizières. « Dans nos communautés, les femmes sont beaucoup agressées » souligne-t-elle « alors avec moi, elles se sentent plus à l’aise, elles me confient leurs problèmes ». L’animatrice a commencé comme agent de santé communautaire avant de rejoindre la Fondation Raoul Follereau en tant qu’animatrice dans les projets de dépistage de la lèpre déployés à Divo, puis Gagnoa et enfin Soubré. Un travail qu’elle voit comme le prolongement de son engagement dans les communautés :

« Il faut aimer les communautés dans lesquelles tu travailles, il faut se mettre à leur place, apprendre leurs danses, leurs manières de communiquer, leurs langues. »

Ses semaines sur le terrain sont denses. Quand les localités sont trop éloignées de la base-vie de l’équipe, elle passe la nuit chez les habitants. Et gagne ainsi leur confiance : « le premier jour peut être difficile, les gens refusent de sortir, on doit aller de ménage en ménage pour faire passer les messages, mais quand ils nous voient dormir dans le village, un lien d’amitié naît. » Et de ce lien fait de respect mutuel, naissent une écoute et une mobilisation des communautés derrière Fatim et le reste de l’équipe Follereau.

Fatim travaille aussi dans les écoles ©FRF Marie-CapucineGaitte

Du message à l’action

La journée s’achève dans un dernier village où Jonas Brou, collègue de Fatim, anime un atelier de fabrication de savons. Le matin même Fatim rappelait aux femmes : « Vous avez des ressources locales que vous ignorez : vous ne savez pas que ces ressources peuvent vous aider. Par exemple l’huile rouge, la soude, le beurre de karité ». L’animateur enseigne aux femmes comment mêler eau bouillante, bicarbonate, huile rouge et sel. Les femmes se relaient au-dessus des bassines pour remuer le mêlange devenu orange rouille, avant de le verser dans de grands moules. Fatim répond aux questions, encourage, échange avec les femmes. « C’était parfait, témoigne une femme, si nous avons les moyens et que nous continuons, nous n’aurons plus besoin d’aller acheter du savon à la boutique et pourrons peut-être même en vendre au marché. » Ce souci des équipes de fabriquer du savon vient répondre au besoin des personnes atteintes de la lèpre et d’autres maladies tropicales négligées cutanées de pouvoir nettoyer leurs plaies avant qu’elles ne s’infectent et n’entraînent des séquelles irréversibles. 

Tandis que les savons sèchent au soleil, les femmes échangent des conseils. Le casque sous le bras, Fatim ajoute encore : « Mon souci c’est que les femmes soient au même niveau d’information que moi, j’aime mon travail et je veux aider les femmes à sortir de la pauvreté, de la maladie, à être autonomes. » Dans quelques jours, elle sera dans un autre village. Ses messages, eux, continueront leur chemin.

Des savons fabriqués avec l’huile rouge ©FRF Marie-CapucineGaitte

Sur le départ ©FRF Marie-CapucineGaitte