Au Tchad, la saison sèche marque le début des transhumances des éleveurs nomades en quête de pâturages. Parmi eux, des malades dont il faut assurer le suivi.
Les nomades représentent 3,4% de la population tchadienne (rapport du Ministère de la Santé publique et de la Solidarité nationale du Tchad, mars 2021). Chaque année ils quittent leurs terres en octobre-novembre et y reviennent en juin-juillet. Pour organiser le passage des millions de têtes de bétail, ils empruntent deux grands couloirs de transhumance traversant le pays du nord au sud et d’est en ouest.
Pour les malades de la lèpre, ces mobilités cycliques se traduisent souvent par une interruption du traitement : après avoir commencé la polychimiothérapie (PCT) dans un centre de santé, ceux qui partent sans le signaler sont déclarés perdus de vue quelques mois plus tard.
Chaque année, les éleveurs nomades du nod viennent chercher eau et pâturages dans les régions du sud, non sans tensions avec les cultivateurs. ©FRF – Marie-Capucine Gaitte
Une réponse coordonnée
Forts de ce constat, les acteurs luttant contre la lèpre s’appuient, depuis 2023, sur le Programme national de la santé nomade pour mettre à disposition la PCT dans les centres de santé jalonnant les couloirs. « Une consigne est désormais donnée aux patients nomades » rapporte le Dr Defiah Paka, médecin de la Fondation Raoul Follereau au Tchad : « Dès que ton médicament est terminé, va dans le centre de santé le plus proche, l’infirmier te donnera la suite. »
Au centre du pays, la région du Bhata est un lieu de rassemblement des nomades. « On y concentre donc nos actions » poursuit le Dr Paka. Le travail est facilité par l’infirmier point focal lèpre, lui-même issu d’une famille de nomades : il connaît les périodes de déplacement des éleveurs et facilite la coordination.
La disponibilité des traitements ne suffit toutefois pas. Dans les districts où passent les nomades – Batha, Guéra, Bahr el Gazel ou encore Salamat – tous les soignants ne savent pas assurer l’examen neurologique et le suivi des patients. « Le prochain objectif est d’aller former et renforcer les capacités de tous ces soignants ».
Former et superviser les soignants dans les couloirs de transhumance est le prochain objectif du Dr Paka, à gauche, en soutien du PNL. ©FRF – MC Gaitte
