Quand le handicap devient une force pour toute une communauté.
Ou l’incroyable résilience d’une jeune fille amputée à l’âge de 12 ans et qui, malgré les épreuves, est devenue un pilier de la vie communautaire dans son village du sud-est du Bénin.
Martine avait à peine douze ans lorsque les premiers symptômes sont apparus. Un matin, au réveil, elle découvre que sa jambe est enflée. Rapidement les symptômes s’aggravent, une plaie apparait et le diagnostic est sans appel : c’est un ulcère de Buruli, une maladie qui dévore la peau et les tissus. Malgré les traitements, le mal progresse et à douze ans, c’est l’amputation de la jambe … un choc brutal dans le quotidien de cette enfant pleine de vie.
C’est au Centre de Dépistage et de Traitement de l’Ulcère de Buruli (CDTLUB) de Pobè, au sud-est du Bénin, que Martine reçoit les soins essentiels.
Mais par chance, ici, la guérison ne se limite pas à la médecine. Blandine Sezonlin, assistante sociale du CDTLUB, accompagne Martine avec humanité, apportant un soutien moral et social. Ce regard bienveillant éclaire les jours sombres, et permet à la jeune fille de se construire sereinement et de garder l’espoir malgré l’épreuve. Martine est d’une force incroyable, elle sait saisir les mains tendues sur son parcours.
Et c’est ainsi, qu’en accord avec la mère de Martine, seule et sans ressources, Blandine obtient de la Fondation Raoul Follereau une bourse scolaire pour l’enfant et l’inscrit à l’école Notre Dame de Dangbo, à quelques kilomètres de Pobè, pour suivre une scolarité. Martine, qui à 12 ans n’avait encore jamais eu l’occasion d’aller à l’école, se montre attentive et bonne élève. À 18 ans, elle décroche un diplôme de couturière et n’a alors plus qu’une idée en tête : monter un petit commerce de couture ou de mercerie.
Après la précarité, le temps de la renaissance
Mais les temps sont difficiles pour Martine qui se sent seule et isolée après un mariage chaotique et la perte de deux enfants par fausse couche. Alors qu’elle perd confiance en l’avenir, elle lance un appel à Blandine, son soutien de toujours, espérant trouver un appui solide et la force de refaire surface.
La réponse viendra grâce au projet Disability : une initiative qui vise une prise en charge globale des personnes en situation de handicap. Sur la proposition de Blandine, Martine intègre ce programme. Un nouveau départ est amorcé, alliant formation, soutien psychologique et insertion économique.
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La couture devient son outil de reconstruction et grâce à un nouveau soutien financier de la Fondation Raoul Follereau, elle développe sa première activité génératrice de revenus, alliant création et vente de produits de mercerie.

Martine, dans son atelier de couture ©FRF Marie-Capucine Gaitte
“J’ai cru en son potentiel – Martine a une grande capacité d’adaptation. Elle a su s’adapter à tous les modes de vie à chaque étape de sa vie. Grâce à l’accompagnement (psychosocial) qu’on lui a offert, elle a saisi cette opportunité d’aller à l’école et de se former (…)
Blandine Sezonlin – Assistante sociale au CTLUB de Pobé
Dans sa communauté, elle devient actrice du changement
Et le succès est là. Dans la boutique de Martine, les habitants défilent, qui pour un vêtement, qui pour des boissons fraiches et les femmes y trouvent le matériel de couture qu’elles devaient jusqu’alors quérir dans une ville voisine. Martine reprend confiance. Une confiance nourrie par la sollicitude dont lui font désormais part les femmes de son voisinage. Le changement de comportements est le fruit des sensibilisations menées lors du projet Disability, sur le handicap, auprès des communautés. Elle qui n’osait sortir de chez elle se voit désormais pleinement intégrée dans sa communauté.
Non contente du succès qu’elle rencontre dans les affaires, elle décide d’en faire bénéficier d’autres jeunes femmes en difficulté, les prenant sous son aile pour les former et leur offrir un travail. C’est ainsi que naît le projet collectif d’une coopérative entre femmes. Au fil du temps, Martine propose de nouvelles activités : préparation du gari, fabrication d’une huile rouge, couture, moulin. Alors que le soleil ardent embrase les cours du village, les femmes s’activent : l’une épluche des tubercules de manioc, l’autre entretient le feu, une autre prépare les tissus pour la couture. Toutes témoignent de la bienveillance et de la force intérieure de la jeune femme.

Réunies en coopérative, les femmes préparent et vendent du gari. ©FRF Marie-Capucine Gaitte AE1A9914-2

Le gari est un plat préparé à partir du manioc. ©FRF Marie-Capucine Gaitte
Aujourd’hui, Martine est une femme épanouie. Son second mariage est heureux, elle bénéficie du soutien de son mari dans tous ses projets et tous deux sont parents de deux enfants. D’une fillette privée de l’insouciance de son enfance, introvertie, elle est devenue une icône de résilience, une actrice du changement dans sa communauté.
Son parcours témoigne d’une force intérieure rayonnante et de la puissance d’un accompagnement humain adapté. Martine incarne un espoir, celui qui jaillit même au cœur des épreuves les plus dures. Un homme guéri est un homme debout proclame-t-on à la Fondation Raoul Follereau.
“Le parcours de Martine me donne vraiment envie de continuer (mon travail )en ce sens … De ne jamais perdre espoir ; parce que Martine avait vraiment tout perdu (…) Cela me fait dire qu’il n’ y a même pas une personne humaine en qui on ne peut pas espérer ou qui ne peut pas se relever.

Epanouie, Martine peut compter sur le soutien de son mari, à gauche, des femmes de sa coopérative et de Blandine Sezonlin, à droite. ©FRF Marie-Capucine Gaitte

