À l’occasion de la Journée du legs, La Fondation Raoul Follereau ouvre le dialogue sur une forme de générosité encore trop méconnue. Qu’est-ce qu’un legs ? Comment une fondation comme celle-ci transforme-t-elle ce geste de transmission en actions concrètes ? Quelle place lui attribue-t-on alors que les dons du grand public sont aujourd’hui sous pression ?

Capucine Malleville, directrice de la communication et du développement de la Fondation Raoul Follereau, nous éclaire sur le rôle essentiel des legs pour faire vivre une cause dans la durée. 

Interview.

Le legs est un mot que l’on entend régulièrement dans le secteur associatif, mais que signifie-t-il concrètement ? 

Un legs est une disposition prise par une personne dans son testament pour transmettre, après son décès, tout ou partie de son patrimoine à une personne ou à une organisation, comme une fondation ou une association. 

Il peut prendre différentes formes : une somme d’argent, un bien immobilier, un portefeuille de titres, des objets de valeur ou encore des biens personnels. 

Mais au-delà de sa définition juridique, le legs représente surtout un acte de générosité qui permet à une personne de prolonger son engagement en faveur d’une cause qui lui tient à cœur. C’est une manière de transmettre ce que l’on a construit ou épargné au cours de sa vie pour contribuer, demain, à un projet auquel on croit. 

Que se passe-t-il lorsqu’une fondation est destinataire d’un legs ? 

La réception d’un legs obéit à un processus très encadré et réglementé. Lorsqu’une fondation est informée qu’elle est bénéficiaire d’un legs, elle doit d’abord s’assurer de la bonne prise en compte de la volonté du testateur puis s’engage dans un process juridique très contrôlé entre le notaire et la Fondation.  

Les dossiers que nous recevons sont traités avec beaucoup de rigueur : identification et évaluation des biens transmis, démarches administratives et juridiques, règlement des éventuelles dettes ou charges liées à la succession, puis, selon les situations, acceptation ou renonciation au legs.
Nous sommes une fondation reconnue d’utilité publique, ce qui nous confère un cadre juridique et fiscal particulièrement avantageux, notamment en ce qui concerne l’exonération des droits de succession. 

Notre responsabilité est double : respecter scrupuleusement les dernières volontés de la personne qui a choisi de nous faire confiance et valoriser au mieux ce qu’elle nous transmet au service de la cause.  

Pourquoi est-il alors important d’en parler, d’avoir une journée internationale dédiée pour sensibiliser le public au legs ? 

Parce que beaucoup de personnes ignorent encore qu’elles peuvent transmettre une partie de leur patrimoine à une fondation ou à une association. 

Parler du legs, c’est d’abord permettre à chacun de connaître cette possibilité et de comprendre comment elle fonctionne. C’est aussi rappeler que le legs n’est pas réservé aux personnes disposant d’un patrimoine très important. Chaque situation est différente, et chacun peut réfléchir à la manière dont il souhaite transmettre.
Nous recevons par exemple des sommes d’argent, des tableaux de maitre, des appartements …

Il faut en parler également car les legs constituent une ressource importante et, surtout, une ressource qui peut avoir un impact très significatif sur la durée. 

En effet, un legs peut permettre de financer des actions sur plusieurs années, de soutenir des projets structurants ou encore de donner à la fondation les moyens d’agir là où les besoins nécessitent le plus de moyens sur le long terme. 

Mais il faut aussi rappeler que les legs sont, par nature, difficiles à prévoir : ils dépendent de choix individuels et peuvent être encaissés longtemps après l’annonce. Ils ne peuvent donc pas être considérés comme une ressource régulière au même titre que les dons reçus tout au long de l’année. 

En somme, sensibiliser au legs, c’est aussi sensibiliser à l’avenir de la cause ? 

Exactement. 

Un legs est un geste qui se prépare dans le temps. Il suppose de réfléchir à ce que l’on souhaite transmettre et aux causes que l’on souhaite continuer à soutenir demain. 

Pour nous, chaque legs raconte donc aussi une histoire personnelle : celle d’une personne qui a choisi de faire confiance à une cause et de contribuer à son avenir. 

C’est pourquoi nous sommes particulièrement attentifs à la relation que nous construisons avec les personnes qui s’interrogent sur le legs. Notre rôle est de les informer, de les accompagner et de faire en sorte que leur volonté puisse être respectée. 

Cette question de la transmission prend-elle une importance particulière dans le contexte actuel, marqué notamment par une baisse des dons du grand public ? 

Oui, et c’est un enjeu dont nous devons parler avec lucidité. 

Le secteur associatif et philanthropique fait face à un contexte où la générosité du grand public est mise sous pression. Dans ce contexte, il est important pour une fondation de diversifier ses ressources afin de pouvoir continuer à mener ses missions dans la durée. 

Les legs peuvent contribuer à cette stabilité, mais ils ne remplacent évidemment pas les dons réguliers. Chaque forme de générosité a son rôle : le don ponctuel permet de répondre à un besoin urgent, le don régulier accompagne l’action dans la durée, tandis que le legs peut contribuer à inscrire cette action dans une perspective de long terme.

Si vous deviez résumer en quelques mots le sens d’un legs, que diriez-vous ? 

Je dirais qu’un legs est un acte de transmission et de confiance. 

C’est la possibilité de continuer à faire vivre une conviction, une valeur ou un engagement au-delà de soi. Et pour une fondation, recevoir un legs est à la fois un honneur et une grande responsabilité : celle de transformer cette générosité en actions concrètes au service de la cause.
En cette Journée du legs, notre message est donc simple : s’informer, c’est déjà réfléchir à la manière dont on souhaite transmettre. 

La Fondation Raoul Follereau est reconnue d’utilité publique depuis 1984