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En Côte d’Ivoire, la Fondation Raoul Follereau mène avec le ministère de la Santé et la fondation Anesvad un projet inédit avec une nouvelle approche pour combattre les maladies tropicales négligées de la peau, dont l´ulcère de Buruli et la lèpre.

 

” Toutes celles et ceux qui souffrent de maladies tropicales négligées sont victimes de l’exclusion en plus de souffrances physiques. » Le docteur Roch Christian Johnson ne mâche pas ses mots. Médecin-conseil de la Fondation Raoul Follereau et président de l’International Leprosy Association1, il se bat depuis de nombreuses années contre la lèpre et l’ulcère de Buruli, deux maladies tropicales négligées (MTN) endémiques en Afrique de l’Ouest. « Ces maladies intéressent peu la recherche car elles touchent des personnes marginalisées. Il existe peu de ressources financières pour lutter contre elles alors que des gens en souffrent. Notre volonté est de venir en aide à ces personnes par des moyens scientifiques mais aussi d’attirer l’attention sur ces maladies. » L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime à 20 le nombre de MTN endémiques dans 149 pays. Elle les définit comme des maladies transmissibles qui circulent activement dans les pays pauvres. Selon l’OMS, « plus de 70% des pays et territoires qui notifient la présence de maladies tropicales négligées ont des revenus faibles ou intermédiaires. Ces infections sont favorisées par l’absence d’eau salubre, les mauvaises conditions de logement et le manque de moyens d’assainissement. Les enfants sont les plus vulnérables face à ces maladies qui, chaque année, tuent, handicapent ou rendent irrémédiablement invalides des millions de gens, qui souvent souffrent et sont socialement exclus pour le restant de leurs jours. »

Depuis près de 70 ans, la Fondation Raoul Follereau lutte contre la lèpre et l’ulcère de Buruli. Aujourd’hui, elle va mettre en place un projet pilote inédit à Chiépo, en Côte d’Ivoire.

 

Une nouvelle approche scientifique

 

La Fondation Raoul mène des actions de sensibilisation. © IDC

La Côte d’Ivoire est un pays endémique à 10 maladies tropicales négligées dont la lèpre et l’ulcère de Buruli. En 2019, les acteurs privés et publics de la santé du pays ont dépisté 567 nouveaux cas de lèpre dont 81 % sont des formes très contagieuses et 251 nouveaux cas d’ulcère de Buruli. Des indicateurs très élevés selon le docteur Johnson. « Nous avons sillonné de village en village la région de Divo, au sud-est de la Côte d’Ivoire pour soigner et dépister les malades. Nous avons été surpris par le nombre important de cas d’ulcère de Buruli, de lèpre et de plaies chroniques. C’est pour cette raison que nous avons décidé de mener un projet pilote à Chiépo. » Chiépo se situe à 46 kilomètres de Divo mais reste isolé, notamment pendant la saison des pluies, car seulement 18 kilomètres de route sont bitumés. Le village abrite plus de 5000 habitants, pour la plupart agriculteurs et d’un milieu très modeste. Les conditions sanitaires y sont très précaires. « Nous avons relevé un faible accès à l’eau, un assainissement déficient et des pratiques d’hygiène inadéquates. Or, ce sont les trois dénominateurs communs aux zones où les maladies tropicales négligées sévissent. » Pour le docteur Christian Johnson, responsable technique du projet de Chiépo, « il fallait s’attaquer à ces problèmes. » L’hypothèse de travail est de démontrer le lien entre une meilleure hygiène et la baisse des maladies dermatologiques. « Avant, nous avions une approche verticale : nous allions directement dans les villages pour dépister et donner le traitement de la lèpre et de l’ulcère de Buruli. Maintenant, nous ne faisons plus cette lutte verticale centrée uniquement sur le dépistage et l’administration des antibiotiques. Par exemple, la lèpre et l’ulcère de Buruli touchent la peau sous forme de plaies. Il faut pouvoir nettoyer ces plaies avec de l’eau et du savon. Sans cela, elles s’infectent et il faut recourir à l’amputation d’un membre dans les cas extrêmes. Mais comment voulez-vous que ces malades puissent laver leurs plaies et prendre soin d’eux-mêmes s’ils n’ont pas accès à l’eau ? » Si le village dispose d’un dispensaire et d’une maternité avec un médecin et une équipe de soignants, trop peu de ménages ont accès à l’eau et 85% de la population ne consomme pas d’eau potable, issue d’une source améliorée. Seulement un ménage sur trois dispose de latrines. Le projet de Chiépo va donc s’attaquer à ces déterminants majeurs de la santé : améliorer l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement (EHA), dépister les MTN, notamment celles à manifestations cutanées et promouvoir l’auto soin des plaies. La Fondation Raoul Follereau pilote ce projet réalisé en partenariat avec le ministère de la Santé ivoirien et la fondation espagnole Anesvad, comme partenaire technique et ­financier.

 

Sensibiliser pour adhérer aux bonnes pratiques

 

Des infrastructures adéquates en matière d’eau, d´hygiène et d´assainissement ont été construites dans l’école primaire publique et au dispensaire de santé de Chiépo. En effet, l’école n’était pas équipée en latrines et ne disposait pas de source d’eau ni pour boire ni pour se laver les mains. « Nous avons construit des blocs de latrines dans l’école et au centre de santé ainsi qu’un système d’adduction d’eau potable », explique Cédric de Mel, coordinateur EHA du projet Chiépo, « nous avons également installé 20 dispositifs de lavage des mains. » À plus ou moins long terme, les équipes espèrent que 100 % de la population aura accès à une source d’eau potable dans un rayon de 500 mètres. Au-delà des infrastructures d’EHA, ce sont aussi les pratiques des villageois qui doivent changer. « Nous sommes venus avec une approche fidèle aux besoins du terrain. Les villageois étaient conscients des problèmes sanitaires de leur village mais il est diffi cile d’agir à l’échelle d’une collectivité. En prenant contact avec les pouvoirs publics, les chefs locaux, les enseignants et les différentes associations de femmes, nous souhaitons leur donner l’occasion de se fédérer et de travailler en réseau, notamment entre ethnies », explique Cédric de Mel. Un immense dé­fi qui s’inscrit dans la durée.

 

Les enfants sont une cible prioritaire dans la stratégie. © IDC

 

« Les changements de comportement sont difficiles à cause des pesanteurs culturelles et sociales. Ce sera un travail de longue haleine mais cela en vaut la peine », souligne le docteur Johnson, « le projet a été très bien accueilli par les habitants de Chiépo. » Les équipes du projet ont donc mené une étude de fond pour cibler les populations prioritaires à sensibiliser aux bonnes pratiques : les femmes et les enfants. « Dans la culture africaine, la femme tient une place centrale dans le foyer », souligne Cédric de Mel, « si nous arrivons à les sensibiliser aux bonnes pratiques, toute la famille va en bénéficier. » Il existe sept associations d’une cinquantaine de femmes à Chiépo et aux alentours. En ce qui concerne les enfants, « l’ulcère de Buruli touche beaucoup les enfants de moins de 15 ans. Ils sont une population vulnérable », souligne le docteur Johnson, « enseigner à l’école les règles d’hygiène est un pari pour l’avenir. Derrière les enfants, il y a l’association des parents d’élèves, qui est une autre porte d’entrée dans les familles. » Jonas Brou et Fatim Sadikou, les animateurs de la Fondation Raoul Follereau, organisent régulièrement des séances de sensibilisation aux bonnes pratiques d’hygiène auprès des femmes et des écoliers. « Le projet est mené sur 18 mois », souligne Pierre Velut, représentant de la Fondation Raoul Follereau en Côte d’Ivoire et responsable ­ nancier du projet, « des experts indépendants évalueront ensuite les résultats. » En fonction de leurs conclusions, la Fondation Raoul Follereau va dupliquer ce modèle dans d’autres villages de Côte d’Ivoire.