La République Démocratique du Congo n’a pas été épargnée par les guerres et la destruction. Ces violences ont engendré des mouvements de population et des graves cas de malnutrition infantile. Le centre Matumaini, près de Goma, prend en charge ces enfants et aide les femmes a devenir autosuffisantes d’un point de vue alimentaire. Une aide d’autant plus vitale en temps de pandémie Covid-19.

 

Sœur Dominique Laskowska, une religieuse polonaise de la congrégation des Sœurs Pallotines, est arrivée en Afrique pour la première en fois en 1982. « Ma congrégation m’a envoyée en mission au Rwanda sur un projet de malnutrition infantile. » En 2000, elle reprend la route vers la République Démocratique du Congo (RDC). « En 2005, j’ai commencé à travailler sur des projets similaires à Rutshuru. » Ce village se situe au Nord Kivu. Une région particulièrement instable et dangereuse, théâtre de deux guerres successives.

 

La violence comme origine de la malnutrition

 

« Il reste encore de nombreux groupes armés dans cette zone », explique sœur Dominique, « la guerre est finie mais l’insécurité est grande. Des groupes armés vivent dans la forêt. Ils violent les femmes et enlèvent des villageois pour avoir des rançons. » Cette situation est à l’origine d’un important phénomène de malnutrition infantile. « Les femmes ont peur d’aller aux champs donc elles ne cultivent plus, notamment celles qui ont des terres proches de la forêt. » La guerre a entraîné d’importants mouvements de population dans ces régions de la République Démocratique du Congo. Un orphelinat est fondé en 1994, puis est transformé en 1998 en un centre nutritionnel pour ces populations mal-nourries. « Beaucoup de réfugiés se sont installés sur les parcelles du diocèse. Petit à petit, ils ont construit des maisons. Les gens sont venus car la terre est bonne mais il n’y en a pas assez pour tout le monde », précise la sœur. Un système de location des champs de café s’est mis en place « mais souvent cela ne suffit pas pour faire vivre la famille. » Toutes ces raisons sont à l’origine de la malnutrition dans le Nord Kivu.

Sœur Dominique est nutritionniste de formation : « Depuis que je suis jeune fille, la cuisine et la nutrition m’intéressent. Je ne peux pas expliquer pourquoi ! » Une conviction profonde anime la religieuse, « je suis très sensible à la pauvreté. Voir un enfant triste me prend le cœur. » Le centre Matumaini offre une prise en charge ambulatoire médicale et nutritionnelle des enfants. Le centre a reçu plus de 1600 enfant malnutris en 2019 dont la quasi-totalité est aujourd’hui guérie. « Vous savez, les enfants malnutris ne savent pas sourire. Lorsque l’on leur demande, ils font une faible grimace. Nous savons qu’ils sont guéris quand ils retrouvent le sourire. C’est une grande joie pour nous. »

En plus d’une sous-alimentation, l’une des raisons pour lesquelles les enfants souffrent de malnutrition est la méconnaissance des mères sur la nutrition. « Lorsque nous faisons des visites aux familles, les mamans ne se rendent pas compte que leur enfant est malnutri. Elles pensent qu’il est empoisonné. Elles leur donnent de la pâte de manioc, un aliment pauvre en nutriments. Les enfants ont le ventre gonflé à cause du manque de vitamines. » Le centre distribue de la farine enrichie toutes les semaines pour combler ces manques et une nutritionniste donne des cours afin de sensibiliser les familles.

Un projet de maraîchage participatif permet aux femmes d’apprendre à cultiver les légumes : choux, poireaux, oignons, aubergines etc. Ce projet est un moyen d’enrichir l’alimentation des familles. Ce sont 120 mères de famille, parmi les plus pauvres, qui travaillent dans un champ trois fois par semaine. Les produits récoltés sont ensuite partagés entre elles.  Le centre donne également à chaque enfant en cours de traitement une double ration de farine enrichie (un mélange de soja, maïs, sucre et d’huile), ce qui lui permet de guérir plus rapidement. Ces actions ont été mises en place grâce au soutien du Fonds de dotation Compagnie Fruitière. « C’est une aide énorme grâce à nos bienfaiteurs, la Compagnie Fruitière et la Fondation Raoul Follereau. Je ne trouve pas les mots pour exprimer ma gratitude. Les mères de familles sont tellement reconnaissantes. Nous prions tous les jours ensemble pour nos bienfaiteurs. », souligne sœur Dominique. L’aide de la Fondation Raoul Follereau a permis l’achat de cobayes (gros rongeurs) « Nous avons créé un petit élevage. La viande de cobaye apporte des protéines indispensables. » Une aide d’autant plus précieuse dans un contexte de pandémie Covid-19.

 

Le Covid-19 entraîne un appauvrissement de la population

 

La RDC est touchée par le Covid-19 et a déclaré l’état d’urgence sanitaire. A ce jour, le 13 mai 2020, elle comptabilise 44 décès, 1 102 cas confirmés et 146 guéris. « Il y a eu un cas à Goma mais pas chez nous. Cela dit, la situation réelle est difficile à évaluer car il n’y a pas de dépistage », précise sœur Dominique. En prévention, le centre a équipé les soignants en blouses, masques et gants. « Nous avons dû modifier notre organisation sur le projet de maraîchage. Nous travaillons par petits groupes. »

Restaurants, écoles, boutiques sont fermés. Les salaires ne sont pas versés, ce qui aggrave la pauvreté et fait monter d’un cran le nombre d’actes de délinquance. « C’est très compliqué pour les jeunes. Sans école et sans travail, ils vont chercher des moyens de survivre. Certains volent dans nos champs, d’autres rejoignent les groupes armés… »

Pour l’heure, la RDC n’a pas annoncé de plan de déconfinement. La situation sanitaire et financière des foyers les plus fragiles risque de s’aggraver au fil du temps.

 

Le Centre nutritionnel Matumaini a reçu en 2019 et 2020 le soutien du Fonds de dotation Compagnie Fruitière.