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Dans le petit village d’Oresmaux, Bénédicte Lavandier a ouvert une épicerie éco-responsable et multi-services. Entre légumes, fruits, dépôt de pain et relais colis, l’épicerie est rapidement devenue indispensable pour les habitants. Pour Bénédicte, elle incarne l’avenir de son fils, porteur d’un handicap, et une stabilité professionnelle qu’elle n’avait pas eu depuis presque 10 ans.

 

 

Le volet électrique se lève en douceur, sans un bruit. Il est 9h30 à Oresmaux, un village de 900 habitants dans la Somme. La brume s’accroche à la vallée. Un vent léger s’engouffre dans le dédale de maisons en briques. Bénédicte réveille timidement son épicerie. Elle est debout depuis 6 h du matin. « Je dois déposer mon fils dans son institut avant d’ouvrir l’épicerie. » Assise sur une haute chaise derrière sa caisse, la jeune femme est plongée dans son cahier de commandes de pains. « Bonjour messieurs, mesdames !  Je viens chercher ma baguette. » Le répit sera de courte durée.

 

 

Une aide rapide et efficace

 

 

Le rire jovial de Bénédicte envahit l’espace. Avec dextérité, elle jongle entre l’accueil des clients, l’arrivée des commandes et les dépôts de colis. L’épicerie ne reste pas longtemps sans passage. « Je suis petite-fille de commerçants, alors j’ai la fibre ! » Bénédicte Lavandier a ouvert l’épicerie en plein confinement, en octobre 2020. « C’est un projet que je travaille depuis longtemps », affirme la jeune femme. « Mon fils est le point central ! » Âgé de 15 ans, son fils Charles est atteint de troubles autistiques. « A Amiens, j’ai réussi à trouver un Institut médicalisé professionnel. Lorsqu’il aura terminé ses études, je souhaite que nous soyons associés pour diriger l’épicerie. C’est pour lui que je l’ai créée. Son handicap m’oblige à anticiper l’avenir. » D’ores et déjà, Charles est investi dans le projet : il choisit les produits avec sa mère. « Il a des facilités. Il sait tenir une caisse, il connaît tous les clients… Je souhaite qu’il reprenne la boutique après moi. » L’épicerie porte le surnom de son fils : Le panier de Charly.

 

Bénédicte Lavandier est une battante. Elle travaille depuis l’âge de 18 ans mais a eu de grandes difficultés à trouver un CDI. « J’étais assistante de direction. Les entreprises qui m’ont employée m’ont toujours fait enchaîner le nombre légal de CDD avant de me remercier. » A ces mots, Bénédicte marque une pause. « Charles a besoin de moi pour ses rendez-vous médicaux, le suivi de son handicap etc. Il n’a pas été reconnu officiellement comme atteint d’autisme car les démarches médicales sont longues. Je l’élève seule donc je ne peux pas avoir un travail à temps plein. » La Somme enregistre un fort taux de chômage de 8,5 %, en légère baisse au 4ème semestre 2021. Il reste au-dessus de la moyenne nationale qui est de 7,3 %. Ce phénomène est vrai pour toute la région des Hauts-de-France.

 

 

 

 

Lors du premier confinement, en mars 2020, en raison de la pandémie Covid-19, le contrat de Bénédicte n’est pas reconduit, malgré les promesses de son employeur. « Je me suis vue en train de chercher encore et encore un travail. C’est ce qui m’a poussée à créer une bonne fois pour toute l’épicerie. » La précarité dans laquelle se trouvait Bénédicte a su toucher le cœur de la Fondation Raoul Follereau. Un dossier solide lui a été présenté et la Fondation a accepté sa demande de prêt et de subvention. « Lorsque l’on crée un projet, on pense qu’il est parfait. La Fondation m’aidée à prendre du recul, m’a conseillée et m’a accompagnée. J’ai trouvé leur aide rapide et efficace. »

 

 

Le devoir de transmettre

 

 

Dans le panier de Charles, les produits sont à 90 % issus des producteurs locaux. On y trouve des étalages de légumes, des fromages, des yaourts, des tisanes, des chips, de la charcuterie… « C’est important de valoriser notre terroir. A mes yeux, c’est aussi cela être éco-responsable », souligne Bénédicte. La jeune femme de 37 ans s’est entourée d’agriculteurs et de producteurs de choix qui ont su la soutenir au moment opportun. « Je me suis installée dans l’ancienne boulangerie du village, fermée deux ans plus tôt. Il y avait beaucoup de travaux qui ont pris du retard. Le fait d’être une femme seule ne m’a pas aidée. Je me suis fait un peu marcher sur les pieds, voire savonner la planche. Heureusement, j’ai du caractère et un franc-parler. Cela m’aide à me défendre. » Le verbe haut mais surtout un chien de garde répondant au nom de roquette. « Je suis une femme seule dans une boutique avec de la trésorerie donc je me sens plus en sécurité avec roquette face aux potentiels cambrioleurs. » Elle part dans un éclat de rire. Les retards des travaux lui imposaient de vivre pendant six mois sur ses économies. « C’était impossible à tenir », se souvient Bénédicte, « J’ai décidé d’installer un petit marché dans la cour de ma maison pendant le confinement tous les mercredis. Cela m’a aidée à me faire connaître par la suite ». Petit clin d’œil du destin, le premier jour de marché eu lieu à la Saint Charles.

 

En passant devant la vitrine, Hélène, la voisine sexagénaire de Bénédicte lui fait un signe de la main, accompagné d’un large sourire. Le village a plutôt bien accueilli la nouvelle épicière et pour cause : c’est le seul commerce du village. « Avant, j’allais à trois kilomètres, dans le village à côté pour acheter mon pain », lance un vieux monsieur. « Un village sans commerce est un village mort. »  Dans les années 70, Oresmaux avait tous les commerces nécessaires. Le village s’est éteint à petit feu. « Il n’y a rien, plus rien », lâche une cliente en remplissant son cabas de fraises. « Heureusement que Bénédicte est là. » Il règne dans l’épicerie une ambiance particulière. La boutique est devenue un lieu de rencontre où l’on tisse des liens sociaux avec ses voisins, distendus depuis des années. Entre les tomates et la farine, on échange les dernières nouvelles du village. « Il n’y a plus de bar-tabac, alors les gens se retrouvent chez moi ! » s’amuse Bénédicte. La jeune épicière ne sert pas de café mais en vend : du café torréfié en Picardie.